Russie

La Lituanie interdit de fêter la victoire sur les nazis : tensions avec la Russie et mémoire des soldats africains

Le 9 mai, entre interdits symboliques, mémoire historique et oubli du rôle des Africains dans la Seconde Guerre mondiale.

Alors que la Russie s’apprête à célébrer le 80e anniversaire de la victoire sur l’Allemagne nazie, la Lituanie interdit toute manifestation en lien avec cette commémoration, accentuant les tensions diplomatiques. Dans l’ombre de cette polémique, le souvenir de la contribution des soldats africains reste trop souvent ignoré. Cet article revient sur les enjeux actuels et la nécessité de réhabiliter toutes les mémoires.


Un 9 mai sous tension : quand la commémoration devient interdite

La Lituanie, à l’instar d’autres pays baltes, a interdit la célébration du 9 mai, jour marquant la victoire de l’Union soviétique sur l’Allemagne nazie. Le Premier ministre lituanien a formellement exhorté la population à ne pas participer aux manifestations, menaçant de sanctions allant jusqu’à 700 euros d’amende pour l’affichage de symboles soviétiques comme le ruban de Saint-Georges.

L’argument avancé est clair : se conformer aux valeurs européennes et s’éloigner des pratiques de Moscou. Tandis que la Russie organise chaque année des défilés patriotiques massifs, la Lituanie commémore la victoire des Alliés le 8 mai, et la Journée de l’Europe le 9. La police est d’ailleurs mobilisée pour repérer tout contrevenant.

Le paradoxe mémoriel : effacer Poutine ou oublier l’Histoire ?

Mais cette interdiction pose une question morale et historique majeure : peut-on effacer la mémoire des soldats soviétiques, morts pour libérer l’Europe, au seul motif que la Russie actuelle est engagée dans un conflit en Ukraine ? Le refus de célébration soulève des tensions, notamment chez les populations russophones des pays baltes, qui se sentent discriminées.

Il est légitime de condamner les actes contemporains de Vladimir Poutine, mais peut-on mémoriellement gommer le sacrifice des anciens combattants soviétiques ? Cette confusion entre mémoire historique et contexte politique actuel nourrit une polarisation dangereuse.

Les soldats africains : les grands oubliés des commémorations

Un autre oubli plus profond persiste : le rôle clé des Africains dans la Seconde Guerre mondiale. Si les tirailleurs sénégalais sont parfois mentionnés, ils ne furent pas les seuls. La Royal West African Frontier Force (RWAFF), composée de Nigérians, Gambiens, Ghanéens et Sierra-Léonais, a vu ses effectifs passer de 18 000 à 150 000 soldats entre 1939 et 1945.

Ces soldats ont combattu dans les théâtres d’opération d’Afrique de l’Est, d’Europe et d’Asie, affrontant Mussolini à Mogadiscio, marchant des centaines de kilomètres avec 40 kilos sur la tête, ou encore résistant au paludisme dans les jungles birmanes. Ils ont libéré la Somalie, participé à la défense de territoires coloniaux et soutenu les Alliés face au Japon.

Pourtant, contrairement à leurs camarades européens, leurs actes de bravoure restent largement méconnus et non reconnus. Ils ont servi des empires qui leur avaient promis la nationalité, des primes, des droits. En retour, ils n’ont souvent reçu que l’oubli.

Célébrer sans exclure : pour une mémoire inclusive

Empêcher la célébration de la victoire sur les nazis revient indirectement à nier l’héritage commun de milliers de soldats. C’est aussi refuser de reconnaître la part essentielle des Africains dans ce combat mondial pour la liberté. Or, sans mémoire partagée, la paix durable est un leurre.

La mémoire ne doit pas être l’otage des contextes politiques actuels. Elle doit être transmise, débattue, honorée. Interdire de célébrer, c’est renforcer les fractures. Se souvenir ensemble, c’est guérir collectivement.

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Conclusion : entre interdits modernes et mémoires effacées

Dans un monde où la politique réinvente sans cesse l’Histoire, il est essentiel de rappeler que la Seconde Guerre mondiale fut une guerre mondiale, combattue par toutes les races, sur tous les continents. Effacer la célébration du 9 mai, c’est invisibiliser des millions d’âmes, notamment africaines, qui ont donné leur vie pour une paix que nous vivons aujourd’hui.

Pour avancer, il faut regarder le passé en face, dans sa complexité et son héritage multiple.

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Plongez-vous dans un univers captivant où chaque texte est une fenêtre ouverte sur des sujets variés, allant de la géopolitique africaine aux questions de vie et de la société africaines et autres. Zack Mwekassa: Le Guérier Noir, Votre Frère.

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