Par Zack

Commémoration et réparation : Les symboles de l’injustice coloniale ressurgissent alors qu’une dent de Patrice Lumumba est remise à sa famille

Soixante et un ans après l’assassinat de Patrice Lumumba, figure emblématique de la lutte pour l’indépendance congolaise, un moment de symbole et de réconciliation a eu lieu. Une dent de Patrice Lumumba, un des rares vestiges de l’ancien premier ministre congolais, a été officiellement remise à sa famille par le gouvernement belge, marquant un pas vers la reconnaissance des erreurs du passé colonial.

Le Premier Ministre belge présente ses excuses

Entre la Belgique et la République Démocratique du Congo, une dent lourde de symboles

La cérémonie, chargée de symboles, a été présidée par le Premier Ministre belge, qui a présenté ses excuses pour le rôle joué par son pays dans la mort de Lumumba. Dans un geste de repentance, cette dent, témoin silencieux des souffrances endurées, a été remise aux descendants de Lumumba, faisant écho à l’importance de la réparation symbolique dans la reconnaissance des torts passés.

“Je souhaiterais ici en présence de sa famille réitérer les excuses du gouvernement belge pour la manière dont il a pesé à l’époque sur la décision de mettre fin aux jours du premier ministre du pays”: a déclaré le ministre dans un élan de tendresse.

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Patrice Lumumba : Symbole de résistance et de trahison

Hommage au révolutionnaire Patrice Lumumba

La vie de Patrice Lumumba, premier premier ministre de la République démocratique du Congo, a été marquée par sa lutte pour la liberté et la dignité de son peuple. Malgré les années de souffrance et d’humiliation subies sous le joug colonial, Lumumba s’est levé comme un symbole de résistance contre l’oppression et a lutté pour l’intégrité nationale et la reconnaissance de la population noire.

Il a été lâchement assassiné, abattu comme un animal puis démembré, trahi par ses propres frères qui aspiraient à prendre sa place au pouvoir. Et de surcroit, ses bourreaux se sont permis de retirer ses dents et de les garder en guise de souvenir. Certes, l’acte des belges semble être un pas vers la réconciliation, mais ceci soulève également des préoccupations profondes. Il met en lumière non seulement les actes d’assujettissement, d’humiliation et de contrôle auxquels Lumumba a été soumis, mais également la volonté de définir la destinée d’une personne dans un pays étranger.

Pourquoi cette dent, précieuse à la fois en symbole et en substance, n’a-t-elle pas été officiellement restituée au gouvernement congolais ? Une telle démarche aurait sans doute nécessité une prise de responsabilité beaucoup plus profonde et réfléchie.

Il importe de rappeler que ce n’est pas la première fois que des peuples sont humiliés de la sorte. Les corps maintenus en tant que reliques pour commémorer des épisodes sombres de l’histoire ont été malheureusement constatés auparavant. En effet, ce triste épisode rappelle d’autres tragédies de l’histoire coloniale.

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L’histoire tragique de Saartjie Baartman

L’histoire triste de cette femme aux formes généreuses

Le cas de Saartjie Baartman, une femme africaine originaire d’Afrique du Sud du XIXe siècle, en est un exemple. Mariée à un homme abattu par les colons hollandais, elle a été vendue comme esclave à un homme nommé Peter César. Après une série de soit disant ” négociations” avec elle, Peter César, accompagné de son frère Hendrix César, l’a emmenée en Angleterre, où elle a été engagée pour des spectacles et des exhibitions. Elle est devenue le centre de l’attention, attirant à la fois la fascination et l’exploitation en raison de ses particularités physiques, notamment ses caractéristiques génitales et son postérieur exceptionnellement large.

Un contrat de cinq ans a été signé, promettant à Saartjie Baartman une rémunération et des avantages en échange de sa participation à ces spectacles qui exploitaient ses particularités. Cependant, quelques temps après, les choses ont pris une tournure sombre. Les anglais ont tenté de signer un contrat avec le Art of National Museum, pour exposer Saartjie, mais le musée n’a pas accepté.

Exploitée pour ses forces généreuses

Exposée dans un parc comme une curiosité exotique, elle rapportait beaucoup d’argent à ses exploitants

Sa tentative de vente échouée, Peter César décide de l’exposer dans un parc, où elle a été présentée comme une curiosité exotique. Ses exhibitions dans ce parc étaient destinées à susciter l’étonnement et l’admiration du public. La rue Piccadilly, notamment le 225, est devenue le point de rendez-vous pour ceux qui souhaitaient voir de près Saartjie Baartman et ses caractéristiques physiques hors du commun. Son apparence a captivé et choqué, avec de nombreux spectateurs restant bouche bée devant elle. Certains sont venus par curiosité sexuelle, tandis que d’autres étaient attirés par l’exotisme de son apparence.

Cette attention intense a créé une culture de fascination autour d’elle, mais a également suscité la moquerie et l’humiliation. C’est ainsi que les femmes anglaises ont même commencé à essayer de reproduire ses attributs physiques en portant des vêtements rembourrés pour obtenir un postérieur plus large. Cependant, tout cela se faisait au détriment de la dignité de Saartjie Baartman, dont la vie et le corps étaient manipulés et exploités pour le divertissement et la curiosité malsaine.

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Pour ses exploitants, elle ne représentait qu’un animal

L’exploitation de Saartjie ,aurait été difficile avec l’abolition de l’esclavage en 1807, même si des individus cachaient encore des esclaves sous leur lit, dans un climat de clandestinité. Malgré les interdictions, les esclaves étaient exploités pour divers motifs, qu’il s’agisse de travail, de relations sexuelles, de poussée de leur potentiel ou de domination.

Saartjie Baartman, a été l’une des victimes de ces pratiques. Malgré sa dignité et ses droits, elle a été réduite à l’état d’un simple corps. Son corps était exhibé dans des salles de spectacle et des musées, souvent placé à côté d’animaux, diminuant ainsi sa féminité et la considérant comme quelque chose de dégradant. Son image était biaisée, une distorsion de ce qu’elle représentait en réalité.

Cette exploitation cruelle visait à générer des profits. Hendrix César, par exemple, l’a utilisée à des fins lucratives car pour la toucher, des gens étaient prêts à payer de grosses sommes d’argent.

Finalement, elle a été vendue à un dompteur d’animaux en France, où elle était exhibée dans des circonstances encore plus dégradantes. Elle était contrainte de porter un collier d’esclave, enfermée aux côtés de loups. Saartjie Baartman, était exposée comme une attraction sexuelle, déshumanisée et exploitée pour sa supposée “anormalité”.

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Exposition du corps de Saartjie Baartman dans des musées

Après sa mort prématurée à 24 ans, surement due à des maladies sexuellement transmissibles, des biologistes ont étudié son corps avec un manque flagrant de respect. Son cerveau et ses parties génitales ont été retirés et conservés dans des jarres, une continuation de la déshumanisation qu’elle avait subie de son vivant.

Son corps a été gardé en France pendant des décennies, exposé dans des musées jusqu’en 1975. Ce n’est qu’en 1994, suite à l’appel de Nelson Mandela, que la France a finalement décidé de rapatrier ses restes en Afrique du Sud, même si elle s’est montré retissante dès le début. Cette histoire tragique met en évidence la manière dont l’humiliation a été utilisée comme une tactique d’oppression, réduisant des individus à des objets et des curiosités, tout en soulignant l’importance de reconnaître la dignité de chaque être humain.

Jusqu’à aujourd’hui, en Allemagne, un nombre considérable de corps et de dépouilles d’africains, victimes des atrocités perpétrées en Afrique au cours de divers conflits, notamment au Kenya, subsistent. Il est constaté la présence de plus de 5000 crânes africains, soigneusement conservés dans des musées allemands ou en possession de biologistes tels que Rudolf Virchow, dans le but d’études.

En fin de compte, la restitution de la dent de Patrice Lumumba à sa famille est un rappel poignant des blessures laissées par le colonialisme et de la nécessité de reconnaître les torts passés pour construire un avenir plus juste et équitable. Ce geste, bien que tardif, peut ouvrir la voie à des discussions plus approfondies sur la nécessité de réparer les injustices historiques et de faire face à l’héritage complexe du passé colonial.

Totalement inspiré de la vidéo de Zack Mwekassa

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