Kenya

Au Kenya, des manifestations contre des propos jugés xénophobes visant les petits commerçants étrangers

Des Kenyans ont rejeté les appels visant les activités de petits commerçants étrangers et demandé le respect des règles de la Communauté d’Afrique de l’Est.

Des Kenyans sont descendus dans les rues pour rejeter des propos et des mesures perçus comme hostiles aux étrangers exerçant de petites activités commerciales dans le pays. Au cœur de la contestation se trouve la situation de vendeurs africains, notamment burundais et congolais, dont certains auraient été menacés après une séquence politique consacrée à l’accès des étrangers au commerce de détail.

Les manifestants ont soutenu que les étrangers vivant et travaillant au Kenya ne devaient pas être transformés en responsables des difficultés économiques du pays. Leur message était aussi adressé aux autorités : les tensions sociales ne doivent pas déboucher sur des agressions, du harcèlement ou une stigmatisation des ressortissants africains installés au Kenya.

Une controverse sur les petits commerces exercés par des étrangers

La polémique est partie de déclarations attribuées au président Ruto sur la politique d’accueil des investisseurs. Selon cette position, la facilitation des visas devait servir à attirer des investisseurs en mesure de créer des entreprises, et non des étrangers venant exercer de petits commerces ou vendre dans les marchés informels.

Dans ce contexte, l’idée d’interdire aux étrangers de participer à certaines activités commerciales élémentaires a suscité une vive inquiétude. Le commerce de détail, les petits services et la vente de produits dans la rue sont précisément les moyens de subsistance de nombreux migrants africains présents dans les villes kényanes.

Des Burundais ont notamment été cités parmi les personnes affectées par cette atmosphère. Certains vendent du café, des beignets ou d’autres produits dans les rues de Nairobi. Les critiques de la mesure soulignent que ces vendeurs achètent aussi leurs marchandises localement avant de les revendre, ce qui les inscrit dans l’économie quotidienne du pays.

À mesure que le débat prenait de l’ampleur, des étrangers auraient commencé à craindre pour leur sécurité et certains se seraient rendus auprès de leurs ambassades en envisageant un retour dans leur pays d’origine. Des menaces visant des commerçants africains ont également été dénoncées.

Des manifestants refusent de faire des migrants des boucs émissaires

Les protestataires ont exprimé une opposition nette à toute forme de xénophobie. Ils ont affirmé que les Africains vivant au Kenya étaient des frères et qu’ils n’avaient pas à quitter le pays sous la pression d’un discours politique ou de menaces venues de particuliers.

Pour eux, un petit commerçant burundais, congolais ou issu d’un autre pays voisin ne peut pas être tenu pour responsable du chômage, de l’état des routes, du manque de services publics ou des difficultés économiques rencontrées par les citoyens kényans. Cette argumentation rejette l’idée selon laquelle l’exclusion des étrangers résoudrait les problèmes structurels du pays.

Les participants ont également appelé à ne pas s’en prendre physiquement aux étrangers. Ils ont demandé que les règles nationales soient appliquées sans violence, en rappelant qu’aucun individu ne devrait être agressé en raison de sa nationalité ou de son activité économique.

La mobilisation a aussi pris une dimension politique plus large. Des slogans hostiles au président ont été entendus, des manifestants considérant que les autorités ne devaient pas encourager un récit opposant les citoyens kényans aux migrants africains.

La Communauté d’Afrique de l’Est au centre des arguments

Les opposants aux restrictions visant les petits commerçants étrangers ont invoqué l’esprit de la Communauté d’Afrique de l’Est. Cette organisation régionale rassemble notamment le Kenya, la Tanzanie, l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi et la République démocratique du Congo.

Dans cette région, les échanges humains, commerciaux et culturels sont importants. Les populations partagent souvent des liens anciens, et le swahili constitue une langue commune pour une grande partie d’entre elles. Les déplacements pour travailler, vendre, acheter ou ouvrir une activité font partie des réalités régionales évoquées par les manifestants.

Selon cette lecture, empêcher les ressortissants des pays voisins de mener de petites activités économiques au Kenya irait à l’encontre de l’objectif d’ouverture et d’intégration régionale. Les protestataires ont donc défendu une coopération fondée sur la circulation, le commerce et le respect mutuel, tout en rappelant que les activités doivent se conformer aux lois kényanes.

Cette question a également suscité des réactions au Burundi. Un responsable burundais des affaires étrangères aurait rappelé que des Kényans vivent aussi au Burundi, soulignant la nécessité de protéger les ressortissants de chaque pays dans un contexte régional étroitement interconnecté.

Une position gouvernementale revue après la pression publique

La mesure initialement évoquée aurait été modifiée. Plutôt qu’une fermeture généralisée des entreprises étrangères et un départ du territoire, les personnes concernées disposeraient désormais de 90 jours pour régulariser ou améliorer leurs documents.

Le président Ruto a par ailleurs déclaré que les ressortissants des pays de la région pouvaient travailler et investir au Kenya, dans le respect des règles prévues par la législation nationale. Cette formulation maintient l’exigence de conformité administrative, tout en reconnaissant la possibilité pour les Africains de l’Est d’exercer des activités dans le pays.

Les autorités ont aussi annoncé un renforcement des patrouilles de police afin d’éviter que des personnes soient agressées ou inquiétées. Cette annonce répond aux préoccupations exprimées face aux risques de violences et de harcèlement contre les migrants africains.

Une mobilisation inscrite dans un contexte de contestation citoyenne

Les protestataires ont présenté cette mobilisation comme le prolongement d’une forte tradition de pression citoyenne au Kenya. Ils ont notamment rappelé l’opposition à un projet de loi de finances en 2024, qui prévoyait selon eux de nouvelles taxes sur des produits et services du quotidien, notamment le pain, le lait et des médicaments. Le texte n’aurait finalement pas été adopté.

Ils ont également évoqué le cas d’un enseignant et créateur de contenu arrêté puis retrouvé mort après son transfert à Nairobi. Selon les éléments rapportés, les premières explications ayant évoqué un suicide ont été contestées par la population. Une enquête indépendante aurait ensuite conclu à des violences, et le chef de la police aurait démissionné avant d’être arrêté pour meurtre.

Ces précédents sont utilisés par les manifestants pour souligner leur capacité à demander des comptes aux institutions. Dans l’affaire des commerçants étrangers, leur revendication principale reste la même : refuser que des migrants africains soient désignés comme responsables des problèmes du pays et exiger leur protection contre les menaces.

FAQ

Pourquoi des Kenyans ont-ils manifesté ?

Ils ont protesté contre des propos et des projets de restrictions visant les étrangers actifs dans les petits commerces. Les participants ont refusé que les migrants africains soient accusés des difficultés économiques du Kenya.

Quelle mesure a finalement été annoncée pour les étrangers concernés ?

Au lieu d’une fermeture généralisée des entreprises étrangères, un délai de 90 jours aurait été accordé pour régulariser ou améliorer les documents administratifs.

Quel rôle joue la Communauté d’Afrique de l’Est dans ce débat ?

Les manifestants invoquent les principes de coopération régionale, de circulation et d’échanges entre les pays d’Afrique de l’Est. Ils estiment que ces principes doivent permettre aux ressortissants de la région de travailler et de commercer, dans le respect des lois du Kenya.

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Plongez-vous dans un univers captivant où chaque texte est une fenêtre ouverte sur des sujets variés, allant de la géopolitique africaine aux questions de vie et de la société africaines et autres. Zack Mwekassa: Le Guérier Noir, Votre Frère.

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