Raffinerie à Mombasa : ce que la proposition de Dangote pourrait changer pour le Kenya et l’Afrique de l’Est

Ali Dangote privilégie Mombasa pour un projet régional de raffinage, mais l’initiative reste conditionnée à un accord d’investissement entre les acteurs concernés.
Une raffinerie de pétrole à Mombasa pourrait-elle renforcer l’autonomie énergétique du Kenya et de l’Afrique de l’Est ? Ali Dangote, présenté comme l’homme le plus riche d’Afrique et à la tête d’un groupe nigérian actif dans le raffinage, a exprimé sa préférence pour Mombasa plutôt que Tanga, en Tanzanie, comme site d’un éventuel projet régional.
L’enjeu dépasse la concurrence entre deux villes portuaires. Il s’agit de transformer localement une part plus importante des ressources pétrolières de la région, au lieu d’exporter des matières premières puis d’importer de l’essence, du gazole, du kérosène et d’autres produits déjà raffinés. À ce stade, il s’agit toutefois d’une orientation et non de l’annonce d’une raffinerie déjà construite ou définitivement engagée.
Pourquoi Mombasa est envisagée pour une raffinerie
La proposition s’inscrit dans un débat lancé par le président kényan William Ruto sur la création d’une raffinerie commune pour l’Afrique de l’Est. L’idée est d’utiliser les ressources pétrolières du Kenya, de l’Ouganda, du Soudan du Sud, de la République démocratique du Congo et d’autres pays de la région afin de soutenir une industrialisation partagée.
William Ruto avait initialement évoqué Tanga, en Tanzanie, pour accueillir cette installation. Selon ses déclarations, une raffinerie régionale à Tanga aurait vocation à traiter des approvisionnements provenant notamment de la RDC, du Kenya, du Soudan du Sud et de l’Ouganda. Il avait aussi évoqué la nécessité d’une liaison par pipeline entre Tanga et Mombasa, ainsi que l’usage d’infrastructures existantes pour acheminer les produits finis.
Ali Dangote a ensuite affirmé préférer Mombasa. Son choix met en avant le rôle stratégique de cette ville côtière kényane dans l’approvisionnement régional. La préférence exprimée ne vaut cependant pas décision officielle : le site, le montage financier, les pays participants et les conditions opérationnelles doivent encore faire l’objet d’un accord.
Une ambition : raffiner en Afrique de l’Est pour le marché régional
Le principe défendu est celui d’une plus grande transformation locale. L’Afrique dispose de pétrole brut, mais les capacités de raffinage disponibles ne suffisent pas toujours à couvrir les besoins des marchés africains. Les pays concernés dépendent donc fortement d’importations de produits pétroliers raffinés.
Une raffinerie de Mombasa, si elle voyait le jour, pourrait fournir des carburants à plusieurs pays d’Afrique de l’Est et d’Afrique centrale. L’objectif affiché est de réduire l’exportation de matières premières suivie de l’importation de produits finis, en créant davantage de valeur ajoutée dans la région.
Ce raisonnement repose aussi sur la sécurité énergétique. Lorsque les chaînes mondiales d’approvisionnement sont perturbées, les économies qui dépendent de fournisseurs lointains sont plus exposées aux tensions sur la disponibilité des carburants. Une capacité régionale de raffinage ne supprimerait pas automatiquement tous les risques, mais elle pourrait limiter une partie de cette dépendance extérieure.
Les retombées économiques espérées
Les promoteurs d’une raffinerie régionale mettent en avant plusieurs effets potentiels. La construction et l’exploitation d’un complexe de cette ampleur pourraient créer des emplois et favoriser le développement de compétences techniques. Elles pourraient également encourager des activités industrielles connexes, notamment dans la pétrochimie, les engrais et les plastiques.
Un tel projet pourrait aussi stimuler les échanges intra-africains de produits raffinés. Pour les États importateurs, une production plus proche des marchés de consommation pourrait contribuer à réduire la facture d’importation et les besoins en devises liés aux achats réalisés auprès de fournisseurs éloignés.
Ces bénéfices restent néanmoins liés à la réalisation effective du projet, à son modèle économique, à son approvisionnement en pétrole brut et à la capacité des partenaires à coordonner les infrastructures nécessaires. Une raffinerie n’est donc pas, à elle seule, une garantie de baisse des prix ou de prospérité immédiate.
L’expérience de la raffinerie Dangote au Nigeria
Ali Dangote fonde son argumentaire sur l’expérience de son groupe au Nigeria. La raffinerie Dangote y est décrite comme la plus grande d’Afrique et comme une installation privée en fonctionnement. Elle est présentée comme un exemple de capacité industrielle africaine capable de livrer des produits finis à plusieurs marchés du continent.
Selon les éléments avancés, des pays tels que le Ghana, le Cameroun, le Togo et la Côte d’Ivoire reçoivent des produits issus de cette raffinerie. Cette expérience nourrit l’idée qu’un modèle comparable pourrait être développé en Afrique de l’Est, à condition de réunir les investissements, les accords et les infrastructures indispensables.
Le groupe Dangote a indiqué disposer d’environ 45 milliards à investir entre le moment de cette déclaration et 2030, notamment dans des infrastructures et divers projets. Pour la raffinerie envisagée en Afrique de l’Est, le financement serait principalement porté par le groupe, avec un recours à la dette et une participation possible des pays concernés. Le début des travaux a été présenté comme dépendant de la signature d’un accord d’investissement.
Le différend autour de Tanga et les relations régionales
Le débat sur le lieu d’implantation a également révélé les sensibilités diplomatiques entourant un projet transfrontalier. La présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan a publiquement demandé à William Ruto pourquoi il avait évoqué une raffinerie à Tanga sans l’en avoir informée au préalable.
William Ruto a ensuite déclaré qu’il aurait peut-être dû parler de Mombasa plutôt que de Tanga. Il a surtout réaffirmé sa conviction que les ressources pétrolières, minières et agricoles de la région devraient servir à l’industrialisation locale, à la création de richesse, d’emplois et d’opportunités.
Cet épisode montre qu’un projet régional de raffinage ne relève pas seulement de considérations techniques ou financières. Il suppose aussi une coordination politique étroite entre les États, car le choix du pays hôte détermine l’emplacement des infrastructures, une partie des activités économiques et les retombées industrielles directes.
La raffinerie de Mombasa sauverait-elle ou fragiliserait-elle le Kenya ?
La question appelle une réponse nuancée. Les arguments favorables reposent sur la possibilité de faire de Mombasa un centre d’approvisionnement pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique centrale, de développer une industrie de transformation et de réduire la dépendance aux importations de carburants raffinés.
Mais l’installation ne peut être évaluée comme une solution automatique. Le projet dépend d’un accord entre investisseurs et gouvernements, de financements, de pipelines et d’une coopération durable entre les pays producteurs ou consommateurs concernés. La préférence de Dangote pour Mombasa constitue donc un soutien important à l’idée kényane, sans équivaloir à une décision finale de construction.
Pour le Kenya, l’enjeu est de savoir si Mombasa pourra devenir le point d’ancrage d’une stratégie industrielle régionale. Pour l’ensemble de l’Afrique de l’Est, le débat porte plus largement sur la capacité à transformer les ressources disponibles sur le continent avant de les vendre ou de les réimporter sous forme de produits finis.
FAQ sur le projet de raffinerie à Mombasa
La raffinerie de Mombasa est-elle officiellement lancée ?
Non. Une préférence pour Mombasa a été exprimée, mais le lancement du projet reste conditionné à un accord d’investissement entre les parties concernées.
Pourquoi une raffinerie régionale est-elle envisagée ?
L’objectif est de traiter davantage de pétrole dans la région afin de limiter les importations de carburants raffinés, de renforcer la sécurité énergétique et de soutenir l’industrialisation en Afrique de l’Est.
Pourquoi Tanga était-elle également citée ?
William Ruto avait évoqué Tanga comme emplacement possible d’une raffinerie commune desservant plusieurs pays de la région. Cette déclaration a suscité une réaction publique de la présidente tanzanienne, qui a indiqué ne pas avoir été informée au préalable.



