Politique

VOILÀ CE QUE L’ON CRAIGNAIT : AFRIQUE, JUSTICE, SOUVERAINETÉ ET NOUVEL ORDRE MONDIAL

Du soldat britannique extradé au Kenya aux décisions du Burkina Faso et des pays enclavés sur l’accès à la mer, en passant par le Nigeria, la Thaïlande et l’AES, cette vidéo montre comment de “petites” nouvelles révèlent des enjeux énormes de justice, de comportement et de souveraineté.

Dans cette vidéo, on commence au Kenya, où un ancien soldat britannique accusé du meurtre d’Agnès Wanjiru va enfin être jugé sur le sol africain, plus de dix ans après les faits. On part ensuite au Nigeria, où 50 écolières enlevées auraient réussi à s’échapper, une “bonne nouvelle” qui soulève des doutes sur la version officielle. En Thaïlande, une femme de 65 ans se réveille vivante dans son cercueil, à quelques minutes de sa crémation, révélant les zones grises autour des dons d’organes et des certificats de décès. En Afrique de l’Ouest, le Burkina Faso et le Ghana signent un accord historique supprimant les frais de roaming, pendant que Ouaga renforce l’ordre public, lutte contre le désordre, la drogue, les nuisances sonores et relance la brasserie BRAFO pour reprendre le contrôle de sa production. Enfin, on analyse la colère du président ougandais face au Kenya et la question explosive : à qui appartient vraiment l’océan, et comment l’accès aux ports et à la mer devient une arme politique contre les pays enclavés comme ceux de l’AES.

1. Kenya – Un ex-soldat britannique enfin face à la justice

Au Kenya, une vieille affaire de meurtre refait surface et, cette fois, la justice semble décidée à aller jusqu’au bout. Robert Jack Perkins, 38 ans, ancien militaire britannique du BATUK – le British Army Training Unit Kenya, le plus grand contingent de l’armée britannique en Afrique – est accusé du meurtre brutal d’Agnès Wanjiru, une jeune Kényane de 21 ans, retrouvée en 2012 dans une fosse septique près d’un camp d’entraînement à Nanyuki. Selon les récits, la jeune femme, mère de famille, avait passé la soirée avec ce soldat avant d’être tuée et abandonnée dans des conditions abjectes. Pendant plus de dix ans, l’affaire a été entourée de silence, de lenteurs et de soupçons de dissimulation. Certains de ses camarades auraient pourtant affirmé qu’il avait avoué le meurtre dès la nuit des faits. Longtemps, Londres a résisté à l’idée qu’un de ses soldats soit jugé par la justice kényane, malgré l’existence d’un traité d’extradition entre les deux pays. Finalement, sous la pression de la société civile et du gouvernement kényan, le Royaume-Uni a accepté l’extradition, et Perkins a été arrêté sur son sol. Sa demande de libération sous caution a été refusée, malgré une offre de garantie financière de 15 000 livres. Il restera en prison jusqu’à son transfert vers le Kenya, où il devra “faire face à la musique”. Pour la famille d’Agnès et pour la fille qu’elle laisse orpheline, c’est une maigre consolation, mais c’est enfin le signe que la vie d’une jeune femme africaine ne pourra pas être effacée aussi facilement, au nom de la géopolitique ou de la coopération militaire.


2. Nigeria – 50 écolières « évadées »… ou libérées en coulisses ?

Au Nigeria, une autre “bonne nouvelle” fait la une : au moins 50 écolières enlevées dans une école catholique de l’État de Niger auraient réussi à s’échapper et à retrouver leur famille. Sur environ 300 jeunes filles kidnappées, 250 sont encore portées disparues. Dans un pays marqué par les enlèvements de masse – notamment de jeunes filles – et par l’explosion des groupes armés et des bandes criminelles, cette nouvelle apporte un souffle d’espoir. Mais elle soulève aussi des questions. Comment 50 filles peuvent-elles s’enfuir d’un camp de ravisseurs lourdement armés, sans que personne ne tire, ne les rattrape, ni ne donne l’alerte ? Certains observateurs se demandent si ces “évasions” ne sont pas en réalité des libérations négociées, éventuellement monnayées, présentées au public sous forme d’exploit héroïque. D’autres y voient une possible opération de communication du gouvernement, sous pression internationale, notamment après les déclarations de Donald Trump, qui avait reproché au Nigeria de ne pas assez protéger les chrétiens et de laisser prospérer les kidnappings. Officiellement, le récit est celui d’une fuite réussie. Officieusement, beaucoup se demandent s’il n’y a pas derrière cette histoire des arrangements, des paiements ou une mise en scène destinée à prouver au monde que l’État nigérian “reprend le contrôle”. Reste que, pour ces 50 familles, le soulagement est réel, même si la tragédie globale – des centaines de vies brisées – demeure.


3. Thaïlande – Une femme se réveille dans son cercueil à deux doigts de la crémation

En Thaïlande, une histoire qui ressemble à un film d’horreur… mais qui se termine (presque) bien. Une femme de 65 ans, malade depuis deux ans, est déclarée morte par ses proches. Son frère décide de respecter son souhait de donner ses organes et entreprend de la transporter sur 500 km jusqu’à un hôpital de Bangkok. Sauf qu’il n’a jamais obtenu ni apporté de certificat de décès. L’hôpital refuse de procéder au prélèvement sans papier officiel, et le frère se tourne alors vers un temple qui propose des crémations gratuites. Là encore, on lui demande un certificat de décès… qu’il n’a toujours pas. C’est à ce moment que des bruits commencent à se faire entendre dans le cercueil. Panique générale, le responsable du temple ordonne de l’ouvrir : la femme était vivante. Elle se “réveille” à quelques minutes de sa crémation. L’histoire a certes une fin heureuse pour la vieille dame, mais elle soulève des questions lourdes : son frère était-il simplement négligent, persuadé à tort de sa mort, ou y avait-il une intention cachée, liée par exemple aux questions d’héritage ou à son statut de donneuse d’organes ? L’affaire met en lumière la méfiance que certains nourrissent vis-à-vis du système de dons d’organes : des rumeurs persistantes affirment que les hôpitaux feraient moins d’efforts pour sauver les donneurs déclarés, car leurs organes “intéresseraient” d’autres patients. Que ces rumeurs soient fondées ou non, ce cas renforce cette suspicion : comment peut-on transporter un corps sans certificat, organiser une quasi-crémation… et découvrir à la fin que la personne respire encore ?


4. Burkina Faso – Ghana : la fin du roaming, une vraie intégration par le téléphone

Sur le plan économique et pratique, une bonne nouvelle concrète vient d’Afrique de l’Ouest. En novembre 2025, le Burkina Faso et le Ghana ont signé un accord historique supprimant les frais d’itinérance téléphonique entre les deux pays. Concrètement, un Burkinabè qui se rend au Ghana pourra utiliser son numéro national, appeler, recevoir des appels et envoyer des messages sans payer ces surtaxes de “roaming” qui explosent les factures. Et inversement pour les Ghanéens au Burkina. C’est un pas important vers une intégration régionale réelle, pas seulement théorique : commerçants, chauffeurs, familles transfrontalières, étudiants et entrepreneurs seront les premiers à ressentir l’impact au quotidien. Cette mesure s’inscrit dans une dynamique plus large où certains pays africains cherchent à faciliter la circulation des personnes, des biens et désormais… des communications. L’accord vient s’ajouter à d’autres initiatives régionales visant à réduire les barrières artificielles entre pays voisins qui partagent pourtant des cultures, des langues, des marchés et des défis communs.


5. Burkina Faso – Quand le développement passe par le changement de comportement

Le Burkina Faso est aussi cité comme exemple d’un pays qui a compris que le développement ne se limite pas aux grands projets, mais passe aussi par la transformation des comportements. D’un côté, l’État finance des projets d’aquaculture en installant des cages d’élevage de poissons dans les lacs et rivières. Ces structures permettent de produire du poisson de manière contrôlée, sans construire d’étangs, en protégeant les poissons des prédateurs et en stabilisant la production alimentaire. Mais la même nuit, des individus viennent vandaliser ces installations, coupent les filets et volent les poissons. Il faut du courage pour plonger dans l’eau, dans le noir, juste pour piller le travail financé par la collectivité. Les autorités, appuyées par des caméras et des surveillances, finissent par les repérer et les arrêter. Le message est clair : sans discipline, sans respect des biens communs, il est impossible de parler de développement.

Dans les villes, la même logique s’applique aux nuisances sonores et aux trafics de stupéfiants. La brigade Laaba intervient dans les “maquis” et bars de quartier qui font du bruit jusqu’à très tard, empêchant les voisins de dormir. La règle est rappelée fermement : à partir de 23 h, le bruit ne doit plus être audible de l’extérieur, et si l’établissement n’est pas insonorisé, la musique doit être coupée dès 22 h. La police oblige les gérants à arrêter la sono immédiatement, en les prévenant que ce sera désormais la règle. Dans d’autres opérations, des vendeurs de cigarettes sont contrôlés, et des caches de drogue sont découvertes dans les murs à côté d’eux. Même s’ils prétendent ne “rien savoir”, les forces de l’ordre rappellent qu’on ne peut pas prétendre être innocent quand la drogue se consomme et se vend juste à côté de son étal.

Au-delà des bars et du petit commerce, le discours touche aussi les églises bruyantes, souvent installées au milieu des quartiers résidentiels, où des cultes au mégaphone commencent à 2 ou 3 heures du matin. Le commentaire est frontal : toutes les églises ne sont pas inspirées par Dieu, et il n’est pas sérieux de transformer un salon en lieu de culte en hurlant toute la nuit au nom de la liberté religieuse. Le Rwanda est cité comme exemple : le pays a fermé environ 5 000 églises et imposé des conditions strictes pour devenir pasteur, avec formation et diplômes à l’appui. On exige bien des diplômes à un médecin ou à un pilote, pourquoi pas à quelqu’un qui prétend guider les âmes et influencer les mentalités ? L’idée qui traverse tout cela est simple : on ne peut pas construire un pays solide sur le bruit, l’anarchie, la fraude et l’arnaque religieuse – il faut d’abord rééduquer les comportements.


6. Burkina Faso – BRAFO, la brasserie qui symbolise la souveraineté industrielle

Autre “bonne nouvelle” au Burkina : la réouverture de la Brasserie du Faso, désormais appelée BRAFO, inaugurée par le président Ibrahim Traoré. Cette usine était fermée depuis 2008, laissant derrière elle des centaines de chômeurs et un marché dominé par un seul acteur, Brakina, filiale du groupe français Castel. Pendant des années, le pays dépendait de cette brasserie liée à un géant étranger, ainsi que d’importations de boissons en provenance de Côte d’Ivoire, du Togo, du Ghana ou du Mali. Résultat : peu de souveraineté, peu de concurrence, peu de marges pour les producteurs locaux.

La relance de BRAFO change la donne. L’usine devrait créer environ 200 emplois directs, 100 emplois temporaires et jusqu’à 20 000 emplois indirects dans la chaîne de valeur : agriculture (maïs, sorgho, blé, riz), transport, distribution, logistique. Surtout, la stratégie est de valoriser les matières premières locales pour produire sur place des bières et des boissons, au lieu d’importer des produits finis. Cela signifie plus de débouchés pour les paysans, plus de valeur ajoutée locale et une réduction de la dépendance vis-à-vis des multinationales. Le projet n’a pas été simple : sabotage interne, pressions extérieures, appareils détruits ont été évoqués par les responsables, qui parlent d’une entreprise “combattue par l’impérialisme et ses valets locaux”. Malgré cela, la brasserie a rouvert, avec la promesse de devenir un symbole d’industrialisation, de souveraineté économique et de résistance à la mainmise des groupes étrangers. Là encore, l’idée est que le développement ne se fait pas par des discours, mais par des usines qui tournent, des emplois créés et des paysans qui vendent enfin leurs récoltes à bon prix.


7. Uganda vs Kenya – Qui “possède” l’océan ?

En Afrique de l’Est, un autre débat intéressant oppose l’Ouganda à son voisin le Kenya et, plus largement, à l’ordre international sur les mers. L’Ouganda est un pays enclavé, sans accès direct à la mer. Pour importer du pétrole, du ciment, du matériel, ou exporter ses produits, il dépend des ports kenyans, en particulier celui de Mombasa. Concrètement, un conteneur venant d’Asie peut coûter autour de 2 000 dollars pour atteindre Mombasa… mais le trajet terrestre jusqu’à Kampala peut ajouter 1 500 à 2 000 dollars supplémentaires en frais portuaires, douaniers, routiers et logistiques. Le président ougandais, Yoweri Museveni, s’agace de cette situation et va jusqu’à dire que “l’océan appartient à Dieu”, qu’il ne devrait pas être monopolisé par les États côtiers au point que les pays enclavés soient constamment rançonnés.

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Il compare la situation à celle d’un immeuble : les habitants du rez-de-chaussée, parce qu’ils contrôlent la cour, se permettent de taxer à chaque fois que les habitants des étages reçoivent un colis, un Uber Eats ou une livraison. Pour lui, l’Ouganda, comme d’autres pays enclavés (Mali, Burkina Faso, Niger, Rwanda, etc.), devrait avoir un droit réel à l’océan, pas seulement un droit de transit. Juridiquement, le droit international (UNCLOS) reconnaît que les océans sont un bien commun, mais accorde aux États côtiers la pleine souveraineté sur 12 milles nautiques (environ 19 km), une large zone économique exclusive, et le contrôle des ports. Les pays enclavés, eux, n’ont qu’un droit d’accès via des accords de transit, sans pouvoir sur la mer elle-même. Museveni avertit que ce déséquilibre pourrait générer des tensions et même, à terme, des guerres, si rien n’est repensé.


8. AES, Cédéao, Maroc – Quand les ports deviennent une arme politique

La question de l’accès à la mer n’est pas abstraite : elle est déjà utilisée comme arme politique. L’exemple de l’Alliance des États du Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso) est frappant. Après leur rupture avec la Cédéao, des décisions ont été prises pour bloquer ou compliquer l’accès de ces pays aux ports de la sous-région. Or, sans port, pas de commerce fluide : soit on utilise l’avion, rapide mais cher et peu capacitaire, soit le transport maritime, long mais vital pour les volumes. Face à ces blocages, un autre pays est venu ouvrir ses portes : le Maroc, qui propose à ces États d’utiliser ses ports comme points d’accès à la mer. Cela crée un contraste brutal : d’un côté, des voisins africains, membres de la même communauté régionale, qui ferment ou limitent l’accès ; de l’autre, un pays souvent accusé de racisme par certains, mais qui ouvre concrètement des débouchés commerciaux.

Ce cas illustre parfaitement le propos de fond : la solidarité ne se joue pas sur la couleur de peau ni sur les déclarations, mais sur les actes. Lorsqu’un pays enclavé se voit priver d’accès à la mer, c’est toute son économie qui est prise en otage. Et dans ce contexte, la question de Museveni – “pourquoi quelques États auraient-ils le monopole de l’océan, alors qu’il n’appartient à personne ?” – résonne fortement. Elle dépasse l’Afrique de l’Est et touche tous les pays qui dépendent du bon vouloir de leurs voisins pour exister dans le commerce mondial.

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Plongez-vous dans un univers captivant où chaque texte est une fenêtre ouverte sur des sujets variés, allant de la géopolitique africaine aux questions de vie et de la société africaines et autres. Zack Mwekassa: Le Guérier Noir, Votre Frère.

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