Ibrahim Traoré a-t-il dit que Dieu déteste les Noirs ? Le sens de ses propos

Le président burkinabè a relié cette formule à un appel au travail, à l’éducation scientifique et à une critique de l’instrumentalisation religieuse.
La formule d’Ibrahim Traoré selon laquelle « Dieu est fâché contre les Noirs » a suscité des incompréhensions. Dans le propos où elle apparaît, le président burkinabè ne soutient pas que Dieu détesterait les personnes noires en raison de leur couleur de peau. Il associe au contraire cette expression à une critique de la passivité, de la dépendance et de ce qu’il décrit comme le refus d’employer l’intelligence, le travail et la connaissance au service de la communauté.
Son message s’adresse particulièrement à la jeunesse burkinabè et africaine, à l’occasion d’une célébration de l’excellence scolaire. Il y défend une vision centrée sur l’éducation, le patriotisme, les filières scientifiques et techniques, ainsi que la production et la transformation locales.
Que signifie la phrase sur Dieu et les Noirs ?
Ibrahim Traoré affirme croire en Dieu, qu’il présente comme le créateur du monde. Il distingue toutefois cette croyance de certaines interprétations religieuses et de certains enseignements qu’il juge dévoyés. Selon lui, la religion peut être mal comprise ou utilisée à des fins politiques, de domination ou d’enrichissement.
Lorsqu’il revient sur sa formule, il explique que Dieu serait « fâché » parce que des Africains, selon son analyse, n’exploiteraient pas suffisamment leurs capacités intellectuelles pour travailler, inventer, produire et améliorer les conditions de vie de leurs sociétés. Il ne formule donc pas une condamnation raciale ou théologique des Noirs : il emploie une expression volontairement forte pour exhorter à l’effort et à l’action.
Son raisonnement est le suivant : si les êtres humains disposent d’un cerveau et de membres, ils doivent s’en servir afin d’être utiles à eux-mêmes, à leurs familles et à leur communauté. Il critique l’idée consistant à attendre passivement des miracles ou une amélioration matérielle sans engagement personnel.
Une critique de l’attente passive au nom de la foi
Le chef de l’État burkinabè estime que certains discours religieux peuvent encourager l’attentisme lorsqu’ils invitent les fidèles à tout attendre de Dieu. Il considère qu’une telle attitude détourne les jeunes de la recherche du savoir, de l’initiative, du perfectionnement et du travail.
Il interpelle aussi des responsables religieux qui, selon ses propos, appelleraient les jeunes à la résignation tout en vivant eux-mêmes dans le confort. Son message ne vise pas l’existence de la foi, puisqu’il réaffirme lui-même sa croyance en Dieu. Il vise ce qu’il qualifie de mauvaise compréhension et de mauvaise utilisation de la religion.
Ibrahim Traoré appelle les prêtres, imams, pasteurs et autres guides religieux à encourager une jeunesse active. Il félicite ceux qui exercent également une activité professionnelle, tout en demandant que les jeunes ne soient pas « endormis » par des messages qui les éloigneraient de l’effort et de la responsabilité.
Religion, violence et responsabilité collective
Dans cette intervention, Ibrahim Traoré associe également les lectures extrêmes de la religion à la violence terroriste. Il affirme que des personnes peuvent commettre des crimes en étant convaincues qu’elles accéderont au paradis. Il appelle les principaux responsables religieux à s’exprimer pour rappeler que la religion doit, selon lui, aider à faire le bien, à distinguer le bien du mal et à être utile à sa communauté.
Cette partie de son propos repose sur une opposition nette entre la foi, qu’il dit respecter et partager, et l’instrumentalisation de la foi à des fins de manipulation, de violence ou de passivité. Il demande que les émotions ne ferment pas le débat sur ces questions, qu’il reconnaît comme sensibles.
Un appel à changer le regard sur l’Afrique
Le président burkinabè évoque une représentation ancienne selon laquelle les Noirs seraient maudits ou inférieurs. Il rejette explicitement cette idée, qu’il qualifie de fausse. Il soutient que les peuples noirs ont eux aussi eu des guides et des prophètes, même s’ils seraient insuffisamment reconnus dans les récits transmis.
Il reprend également une citation attribuée à Jomo Kenyatta : les Africains auraient eu les terres tandis que les Européens avaient la Bible ; après avoir appris à prier les yeux fermés, les Africains auraient rouvert les yeux en constatant que les terres avaient changé de mains. Ibrahim Traoré invite à retenir le sens politique de cette formule : selon son interprétation, des croyances ou des pratiques religieuses auraient pu servir à détourner les Africains de leurs ressources et de leurs responsabilités.
Il relie cette critique à la pauvreté, aux migrations dangereuses et à la dépendance économique. Il déplore que des jeunes Africains meurent en mer et estime que les dirigeants africains doivent assumer leur responsabilité face à ces situations, plutôt que de les attribuer à la volonté divine.
La priorité donnée aux sciences, aux techniques et à l’industrie
Une large part de son intervention concerne l’école burkinabè. Ibrahim Traoré félicite les élèves reçus à leurs examens, leurs enseignants et leurs parents. Il annonce que des réaménagements sont engagés dans le système éducatif, à la fois sur le cadre de travail et sur les contenus enseignés, afin de les adapter aux réalités du pays.
Il souhaite surtout une orientation plus importante vers les métiers scientifiques, techniques et industriels. Il précise ne pas considérer la littérature comme inutile, mais juge nécessaire d’avoir davantage de scientifiques. Il va jusqu’à évoquer la possibilité de fermer des classes de seconde A pour ouvrir des secondes C, avec le recrutement des enseignants nécessaires.
Pour illustrer ce déséquilibre, il cite des chiffres qu’il présente de mémoire : sur environ 65 000 bacheliers, seuls 571 seraient en bac C et 38 en bac E. Il estime que ces données montrent une insuffisance de profils scientifiques et industriels, alors que le Burkina Faso cherche à s’industrialiser et que les compétences techniques font défaut dans certains recrutements.
Selon lui, la robotique, la mécanique, les armes, les munitions et les explosifs relèvent des sciences. Il appelle donc les jeunes à apprendre, copier ce qui fonctionne, créer et développer leurs propres capacités de production. Il mentionne aussi des jeunes de niveau brevet ou baccalauréat qui remportent des prix de robotique, y voyant la preuve de l’existence de compétences à valoriser.
Patriotisme et développement : le message adressé à la jeunesse
Le propos d’Ibrahim Traoré associe la qualité des ressources humaines au patriotisme. Il affirme qu’un savoir académique dépourvu d’attachement à la patrie ne suffit pas. Il évoque ainsi des cours introduits dans le cursus ainsi qu’une immersion patriotique à l’issue du baccalauréat.
Son appel final est clair : les jeunes doivent rechercher en permanence la connaissance, travailler, créer et participer au développement du Burkina Faso. Il leur demande de mettre leurs compétences au service de leur famille, de leur communauté et de leur pays.
La déclaration sur un Dieu « fâché contre les Noirs » doit donc être comprise dans ce cadre. Il s’agit, dans ses propres explications, d’une critique de l’inaction et de la dépendance, et non de l’affirmation que Dieu rejetterait les Noirs. Son message repose sur une injonction à mobiliser l’intelligence, les sciences, le travail et la responsabilité collective.
Questions fréquentes
Ibrahim Traoré a-t-il affirmé que Dieu déteste les Noirs ?
Non. Il a employé la formule selon laquelle Dieu serait « fâché contre les Noirs », mais il l’a expliquée par ce qu’il décrit comme le manque d’exploitation de l’intelligence, du travail et de la capacité à produire. Il rejette par ailleurs l’idée selon laquelle les Noirs seraient un peuple maudit.
Critique-t-il toutes les religions ?
Non. Il dit croire en Dieu. Sa critique porte sur ce qu’il appelle la mauvaise compréhension, le mauvais enseignement et l’utilisation de la religion à des fins de domination, de passivité ou de violence.
Quelle place donne-t-il à l’éducation ?
Il présente l’éducation comme une base du développement et appelle à renforcer les filières scientifiques, techniques et industrielles. Il souhaite que les jeunes mettent leurs connaissances au service du Burkina Faso.



