À l’ONU, le Togo défend une cartographie mondiale plus équitable pour l’Afrique

Une initiative portée au nom du groupe des États africains appelle à mieux représenter les superficies réelles des continents dans l’éducation, les médias et les outils numériques.
La manière de représenter le monde sur une carte n’est pas une simple question graphique. Elle influe sur l’enseignement, l’information, les représentations collectives et la perception des rapports d’échelle entre les continents. Aux Nations unies, le Togo a porté, au nom du groupe des États africains, un projet visant à promouvoir une représentation cartographique mondiale plus fidèle aux superficies réelles des régions du monde, avec une attention particulière accordée à l’Afrique.
L’initiative place la cartographie au croisement de la science, de l’éducation, de la mémoire historique et de l’équité dans la représentation des peuples. Elle ne vise pas à modifier les frontières ni à trancher des questions territoriales : son objet déclaré est strictement cartographique, scientifique et pédagogique.
Pourquoi les cartes du monde ne montrent pas toujours les bonnes proportions
De nombreuses cartes utilisées dans les manuels scolaires, les médias, les plateformes numériques ou des documents institutionnels reposent sur des projections conçues pour répondre à des besoins techniques particuliers. Certaines ont notamment été utilisées pour la navigation maritime.
Le problème soulevé par l’initiative togolaise tient à l’usage général de ces projections. Lorsqu’une projection déforme les proportions de surface afin de satisfaire une contrainte technique, elle peut donner l’impression que certains territoires sont plus grands ou plus petits qu’ils ne le sont réellement.
Selon l’argument présenté devant l’Assemblée générale, cette situation a durablement influencé la perception géographique de générations entières. L’Afrique, mais aussi d’autres régions du monde, apparaissent alors symboliquement réduites dans l’imaginaire collectif par rapport à leur superficie effective.
Le texte défend donc une distinction essentielle : une projection peut être utile pour une finalité précise, sans être adaptée à tous les usages éducatifs ou informatifs. L’objectif n’est pas de rejeter la cartographie existante dans son ensemble, mais d’encourager une compréhension critique des méthodes employées, de leurs caractéristiques, de leurs limites et de leur usage approprié.
Le projet porté par le Togo au nom des États africains
Le projet présenté est intitulé autour du rééquilibrage de la représentation cartographique mondiale et de la promotion d’une représentation équitable des régions du monde, en particulier de l’Afrique. Il a été porté par le Togo en qualité de facilitateur, au nom du groupe des États africains.
Dans l’intervention consacrée au texte, les échanges entre délégations sont décrits comme ayant permis d’aboutir à un projet équilibré, inclusif et orienté vers l’action. Le document appelle les États membres, les organisations internationales ainsi que les autres parties prenantes à favoriser des représentations plus exactes des superficies continentales.
Cette approche ne porte pas sur le tracé, le statut, la délimitation ou la reconnaissance des frontières. Le représentant togolais a insisté sur ce point : le projet ne doit pas être interprété comme l’expression d’une position politique, juridique ou territoriale. Il concerne la proportion relative des superficies des continents.
Cette précision est centrale dans le cadre onusien. Elle circonscrit la démarche à la qualité de la représentation géographique, sans ouvrir de débat sur les contentieux frontaliers ou les revendications territoriales.
Une question de précision scientifique et d’éducation
Le projet présente la correction des distorsions cartographiques comme une exigence de précision scientifique et pédagogique. Il associe cette question à l’accès à une connaissance géographique plus exacte, à la justice cognitive et à la dignité des peuples.
L’éducation occupe une place importante dans les orientations proposées. Le texte encourage l’intégration d’un enseignement critique de la cartographie dans les programmes scolaires. Il s’agit d’expliquer aux élèves que chaque carte est produite selon une méthode, avec des choix et des effets visuels spécifiques.
Une telle démarche permettrait de mieux distinguer les cartes conçues pour naviguer, celles destinées à visualiser les surfaces, ou encore celles utilisées à des fins d’information générale. Elle vise ainsi à donner aux apprenants les outils nécessaires pour comprendre pourquoi la taille apparente d’un territoire peut varier fortement d’une projection à l’autre.
Le texte appelle aussi les entités compétentes des Nations unies, les organisations régionales, les universités, les centres de recherche et les acteurs technologiques à coopérer. Les domaines mentionnés comprennent la cartographie, la géomatique, la géodésie et les technologies géospatiales.
Un appui envisagé pour les capacités cartographiques africaines
L’initiative prévoit de soutenir la recherche, l’innovation et le renforcement des capacités nationales, particulièrement dans les pays en développement et en Afrique. Cet aspect ne se limite donc pas au choix d’une image du monde dans les salles de classe : il concerne également les compétences scientifiques et techniques liées à la production, à l’analyse et à l’usage des données géographiques.
Le projet précise toutefois qu’il respecte les mandats déjà existants. Il ne crée pas de nouvelle obligation financière et ne prévoit pas de mécanisme institutionnel supplémentaire au niveau des Nations unies.
La démarche repose ainsi sur l’encouragement à la coopération, à la diffusion des connaissances et à une utilisation plus réfléchie des représentations cartographiques. Elle appelle les acteurs concernés à considérer davantage les projections qui rendent compte des dimensions relatives des continents.
La portée symbolique pour l’Afrique et sa diaspora
Pour le groupe des États africains, le sujet possède une portée particulière. La représentation de l’Afrique sur les cartes est liée, dans l’argumentaire exposé, à la reconnaissance de sa place sur la scène internationale, à la restauration de sa dignité et à la correction de représentations héritées de l’histoire.
Le texte relie également cette initiative aux objectifs de la Décennie des racines africaines et de la diaspora africaine, couvrant la période 2021-2031, à la deuxième Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine, prévue pour 2025-2034, ainsi qu’à la déclaration finale du neuvième Congrès panafricain concernant les représentations cartographiques disproportionnées du continent.
L’enjeu avancé ne consiste donc pas seulement à remplacer une carte par une autre. Il s’agit de réfléchir à la façon dont le savoir est produit, transmis et visualisé. Dans cette perspective, une carte plus proportionnée peut contribuer à une compréhension plus juste des peuples et des régions du monde.
Le message porté devant l’Assemblée générale est que la connaissance doit rapprocher plutôt que réduire, et représenter le monde dans sa diversité et sa réalité. Pour ses promoteurs, une représentation géographique plus exacte nourrit le respect mutuel, présenté comme un fondement de la paix.
FAQ
Que demande l’initiative togolaise sur les cartes du monde ?
Elle encourage les États, les organisations internationales, le monde académique et les acteurs technologiques à promouvoir des représentations cartographiques plus fidèles aux superficies réelles des continents, notamment dans l’information et l’éducation.
Le projet concerne-t-il les frontières des États ?
Non. Le texte précise qu’il ne concerne ni la délimitation, ni le tracé, ni le statut, ni la reconnaissance des frontières. Son objet déclaré porte exclusivement sur la représentation proportionnelle des superficies continentales.
Pourquoi l’Afrique est-elle particulièrement concernée ?
Le projet estime que certaines projections largement utilisées ont contribué à minimiser visuellement la taille de l’Afrique. Il défend une représentation qui reflète plus fidèlement les dimensions relatives du continent et des autres régions du monde.



