Zambie

Zambie : la rivalité entre Edgar Lungu et Hakainde Hichilema jusqu’au conflit sur ses funérailles

Après la mort d’Edgar Lungu en Afrique du Sud, le désaccord sur le rapatriement de sa dépouille a révélé la profondeur d’une longue confrontation politique et judiciaire en Zambie.

La disparition d’Edgar Lungu, ancien président de la Zambie, a donné lieu à un affrontement exceptionnel entre sa famille et les autorités zambiennes. Décédé en 2025 en Afrique du Sud à l’âge de 68 ans, l’ancien chef de l’État n’a pas immédiatement fait l’objet du rapatriement et des funérailles nationales habituellement attendus pour un président.

Le point central du conflit portait sur le lieu de l’inhumation, la présence des autorités actuelles et le contrôle de la dépouille. La famille d’Edgar Lungu a refusé que son corps soit ramené en Zambie dans les conditions souhaitées par le gouvernement de Hakainde Hichilema, son successeur et ancien rival. Elle a notamment affirmé que l’ancien président ne voulait pas voir Hakainde Hichilema assister à ses obsèques.

Des membres de la famille ont aussi évoqué la crainte de pratiques occultes sur la dépouille. Il s’agit d’une accusation et d’une inquiétude exprimées par les proches, non d’un fait établi dans les éléments disponibles. Cette dimension a illustré le niveau de défiance atteint entre les deux camps.

Une opposition ancienne entre Edgar Lungu et Hakainde Hichilema

Edgar Lungu a dirigé la Zambie de 2015 à 2021. Hakainde Hichilema lui a succédé en 2021, après avoir longtemps été son opposant politique. Leur relation avait déjà été marquée par un épisode judiciaire majeur survenu en 2017.

Cette année-là, Hakainde Hichilema avait été arrêté et détenu pendant quatre mois dans une affaire de trahison. Selon les faits rapportés, l’affaire était liée à un incident impliquant son véhicule et le passage du convoi présidentiel d’Edgar Lungu. Il avait été reproché à Hakainde Hichilema de ne pas avoir cédé le passage au cortège présidentiel. La procédure avait ensuite été abandonnée.

Cette séquence a durablement pesé sur l’image de leur rivalité. Lorsque Hakainde Hichilema est arrivé au pouvoir en 2021, son gouvernement a engagé plusieurs enquêtes visant Edgar Lungu et des membres de sa famille, sur des soupçons de corruption et de possession de biens présumés issus d’activités criminelles.

Les procédures visant la famille de l’ancien président

En 2023, Tasila Lungu, présentée comme une fille de l’ancien président, a été arrêtée dans le cadre d’une affaire portant sur la possession de biens. Les chiffres cités dans cette affaire font état de 69 maisons et de 79 véhicules, pour une valeur estimée à 5 millions de dollars. Une décision judiciaire aurait ordonné la restitution ou la récupération de ces biens.

Esther Lungu, épouse de l’ancien président, a également été poursuivie au sujet de propriétés évaluées à 2 millions de dollars. Les éléments rapportés mentionnent 15 appartements de deux étages ainsi qu’une vingtaine d’autres propriétés concernées par une décision de justice.

Pour le gouvernement en place, ces procédures relevaient de la lutte contre la corruption et de l’application de la loi. Pour la famille Lungu, elles s’inscrivaient dans une logique de vengeance politique. Ces deux lectures ont nourri un climat de confrontation qui ne s’est pas apaisé après le départ d’Edgar Lungu de la présidence.

La maladie, les restrictions de voyage et les accusations de la famille

Avant sa mort, Edgar Lungu était malade. Il souffrait, selon les informations évoquées, de complications liées à l’achalasie, une maladie qui touche notamment l’œsophage. Sa famille a soutenu qu’il avait rencontré à plusieurs reprises des difficultés ou des refus pour voyager à l’étranger afin de recevoir des soins, notamment en Inde, en Espagne, dans d’autres pays européens et parfois en Afrique du Sud.

Les proches de l’ancien président ont accusé les autorités d’avoir retardé ses déplacements médicaux pour des raisons politiques. Ils ont estimé que ces obstacles avaient contribué à son décès. Certains membres de la famille ont également laissé entendre qu’un acte criminel, voire un empoisonnement, pouvait être en cause.

Ces accusations ont été formulées par la famille et ne sont pas présentées comme ayant été établies par une décision judiciaire dans les éléments disponibles. Elles ont néanmoins renforcé son refus de remettre la dépouille aux autorités zambiennes après la mort d’Edgar Lungu.

Le désaccord sur le rapatriement de la dépouille

Après le décès de l’ancien président en Afrique du Sud, le gouvernement zambien a demandé le rapatriement de son corps. L’objectif était d’organiser des funérailles nationales, suivies d’une inhumation à Embassy Park, à Lusaka, lieu associé aux sépultures présidentielles en Zambie.

La famille s’y est opposée catégoriquement. Elle a fait valoir qu’Edgar Lungu ne voulait pas que son successeur participe à ses obsèques. Le désaccord a été porté devant la justice sud-africaine.

Une décision judiciaire sud-africaine a, dans un premier temps selon le récit disponible, reconnu au gouvernement zambien le droit de réclamer des funérailles nationales et d’obtenir le rapatriement de la dépouille. La décision mentionnait le retour du corps en Zambie pour des obsèques officielles, suivies d’une inhumation à Embassy Park.

Toutefois, la famille a exercé un recours. La suite rapportée fait état d’un retournement : les autorités zambiennes auraient finalement dû restituer la dépouille à la famille, qui aurait alors obtenu la possibilité de procéder à l’inhumation selon ses propres choix. Les éléments disponibles présentent cette issue de manière contradictoire sur certains détails, mais convergent sur l’intensité du contentieux autour de la sépulture de l’ancien président.

Une crise symbolique pour la vie politique zambienne

Cette affaire dépasse la seule organisation de funérailles. Elle montre comment une confrontation entre deux anciens adversaires peut se prolonger bien au-delà de l’exercice du pouvoir. L’arrestation de Hakainde Hichilema sous Edgar Lungu, les enquêtes lancées contre la famille Lungu après 2021, les difficultés de voyage médical et le conflit sur la dépouille se sont superposés dans une crise profondément personnelle autant que politique.

Le cas d’Edgar Lungu rappelle aussi que les cérémonies prévues pour les anciens chefs d’État peuvent devenir un enjeu de souveraineté, de dignité familiale et de contrôle institutionnel. Le gouvernement mettait en avant la nécessité d’honorer un ancien président par des funérailles nationales. La famille, elle, revendiquait le respect de la volonté du défunt et refusait toute mise en scène officielle avec ceux qu’elle considérait comme ses adversaires.

La mort d’Edgar Lungu n’a donc pas mis fin à la rivalité avec Hakainde Hichilema. Elle a au contraire déplacé le conflit sur un terrain particulièrement sensible : celui du deuil, de la mémoire et du dernier repos d’un ancien président.

Questions fréquentes

Pourquoi la famille d’Edgar Lungu refusait-elle le rapatriement de son corps ?

La famille estimait que l’ancien président ne souhaitait pas la présence de Hakainde Hichilema à ses funérailles. Elle exprimait aussi une profonde défiance envers le gouvernement et a évoqué la crainte de pratiques occultes sur la dépouille.

Quelle était l’origine de la rivalité entre Edgar Lungu et Hakainde Hichilema ?

Leur opposition remonte notamment à l’arrestation de Hakainde Hichilema en 2017, alors qu’Edgar Lungu était président. Après son arrivée au pouvoir en 2021, Hakainde Hichilema a dirigé un gouvernement qui a engagé des enquêtes contre la famille de son prédécesseur.

Que reprochaient les autorités à des proches d’Edgar Lungu ?

Des membres de sa famille ont fait l’objet de procédures relatives à des biens d’une valeur importante. Les autorités les reliaient à des soupçons de corruption ou à des avoirs supposément obtenus de manière criminelle, tandis que la famille y voyait une démarche politique.

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Plongez-vous dans un univers captivant où chaque texte est une fenêtre ouverte sur des sujets variés, allant de la géopolitique africaine aux questions de vie et de la société africaines et autres. Zack Mwekassa: Le Guérier Noir, Votre Frère.

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