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Xénophobie en Afrique du Sud : condamner les violences et interroger les défaillances nationales

Les agressions visant des étrangers sont inacceptables, mais elles soulèvent aussi la question des conditions qui poussent des Africains à quitter leur propre pays.

La xénophobie en Afrique du Sud ne peut être ni minimisée ni excusée. S’en prendre à des personnes parce qu’elles sont étrangères, les frapper, les menacer ou détruire leurs documents relève d’une violence injuste et inacceptable. Une personne ne perd pas sa dignité, ni ses droits fondamentaux, du fait de sa nationalité ou de sa situation administrative.

Le sujet ne se limite toutefois pas à la condamnation, indispensable, des violences. Il impose aussi d’examiner une réalité plus large : lorsqu’un grand nombre de personnes quittent leur pays pour chercher sécurité, travail ou perspectives dans un autre pays africain, cela met en lumière les difficultés auxquelles elles font face chez elles. Deux idées doivent donc être tenues ensemble : les étrangers ne doivent jamais être pris pour cible, et chaque État doit aussi s’interroger sur sa capacité à offrir des conditions de vie dignes à sa population.

Les violences contre les étrangers ne sont pas une réponse

Dans le débat public, des étrangers sont parfois rendus responsables du chômage, de l’insécurité, de la pauvreté ou de la concurrence économique. Cette logique d’accusation collective est dangereuse. Elle transforme des individus très différents les uns des autres en un groupe unique, désigné comme un problème.

Or, les violences ne permettent ni de créer des emplois ni de résoudre les difficultés sociales. Elles exposent surtout des personnes qui peuvent n’avoir commis aucune faute. Elles frappent indistinctement des travailleurs, des familles, des commerçants et des personnes en situation précaire, simplement parce qu’elles viennent d’ailleurs.

La question des papiers illustre particulièrement ce risque. Vérifier l’authenticité d’un document exige des compétences, une formation et une procédure appropriée. Lorsque des personnes non habilitées s’arrogent ce pouvoir, des documents pourtant valides peuvent être déchirés ou détruits sous prétexte qu’ils seraient faux. Une telle situation est à la fois injuste et préoccupante.

La lutte contre la fraude ou les activités criminelles, lorsqu’elles existent, doit relever des institutions compétentes et respecter des règles claires. Elle ne peut pas devenir le prétexte d’agressions contre tous les ressortissants d’un même pays. Des crimes peuvent être commis par des étrangers, comme ils peuvent l’être par des Sud-Africains : l’origine ne peut pas remplacer l’examen des responsabilités individuelles.

Ne pas confondre criminalité, immigration et appartenance nationale

Des inquiétudes peuvent exister dans des quartiers où les habitants constatent des vols, des violences, des trafics ou d’autres actes délictueux. Ces inquiétudes doivent être entendues sans être transformées en hostilité générale envers tous les étrangers. La présence de personnes impliquées dans des actes répréhensibles ne rend pas coupables les autres personnes de la même nationalité.

Cette distinction est essentielle. Une société ne protège pas durablement ses citoyens en laissant s’installer l’amalgame entre immigration et criminalité. Elle les protège en poursuivant les auteurs d’infractions sur la base de faits établis, sans tolérer les agressions, les expéditions punitives ou les humiliations publiques.

Il faut également éviter de présenter l’ensemble de la population sud-africaine comme xénophobe. Le pays compte des personnes qui rejettent ouvertement les violences contre les étrangers et défendent l’unité africaine. Réduire tous les Sud-Africains aux actes d’une partie de la société reproduirait précisément le mécanisme de généralisation qui nourrit la xénophobie.

Le rappel d’une solidarité africaine historique

Les réactions provoquées par les violences prennent une dimension particulière en raison de l’histoire des solidarités africaines avec l’Afrique du Sud. De nombreux pays africains ont accueilli des Sud-Africains comme réfugiés durant les périodes les plus sombres de leur histoire. Cet accueil a pu inclure l’asile, l’aide matérielle, l’amitié et des possibilités de formation.

Ce passé explique l’incompréhension et la colère de nombreux Africains lorsque des étrangers africains sont maltraités en Afrique du Sud. Il rappelle que la solidarité entre peuples ne devrait pas être une mémoire mobilisée seulement lorsque cela arrange, mais un principe qui guide aussi les relations présentes.

Pour autant, rappeler l’aide passée ne doit pas servir à réclamer une dette personnelle à des individus d’aujourd’hui. La solidarité ne peut pas être réduite à une comptabilité permanente. Elle doit plutôt encourager une responsabilité mutuelle : protéger les personnes, respecter leur dignité et refuser que les difficultés économiques deviennent un motif de violence.

La responsabilité des États face au départ de leurs citoyens

La xénophobie révèle aussi une fragilité plus large sur le continent. Quand des citoyens estiment nécessaire de partir vers un autre pays africain pour trouver une vie meilleure, il est légitime de s’interroger sur les insuffisances de leur pays d’origine. Emploi, sécurité, services, possibilités économiques et qualité de la gouvernance sont autant de sujets qui ne peuvent pas être évités.

Il ne s’agit pas d’affirmer que les personnes qui migrent sont responsables des difficultés qu’elles rencontrent, ni de considérer qu’elles devraient accepter les mauvais traitements. Personne ne devrait être frappé ou chassé parce qu’il cherche à vivre mieux. Mais les dirigeants et les institutions de chaque pays ont la responsabilité de créer des conditions qui permettent à leurs citoyens de bâtir leur avenir chez eux s’ils le souhaitent.

Cette perspective invite à déplacer le débat. Au lieu de se limiter aux accusations réciproques entre populations, les discussions doivent porter sur les causes des départs, sur les défaillances nationales et sur la coopération entre États africains. Un pays capable d’offrir des perspectives à sa population réduit la vulnérabilité de ceux qui n’ont d’autre choix que de dépendre de l’accueil d’ailleurs.

Le football ne devrait pas devenir un terrain de représailles

Les tensions liées à la xénophobie se répercutent parfois dans le sport. Des supporters africains peuvent se réjouir des défaites de l’Afrique du Sud, en réaction aux violences attribuées à certains groupes sud-africains. Cette réaction traduit un profond malaise, mais elle ne touche pas les auteurs d’agressions et ne résout pas le problème.

Le football rassemble des joueurs, des entraîneurs et des supporters qui ne partagent pas nécessairement les mêmes opinions sur la xénophobie. Faire d’une sélection ou de ses sportifs les représentants automatiques des actes commis par une partie de la population revient à étendre encore l’amalgame.

Le sport peut au contraire servir à rappeler qu’aucune rivalité ne justifie la déshumanisation. Soutenir une équipe ou ne pas la soutenir reste un choix de supporter, mais la condamnation des violences doit demeurer distincte de la compétition sportive.

Des voix sud-africaines opposées à la xénophobie

Julius Malema est présenté comme l’une des figures sud-africaines ayant pris publiquement position contre la xénophobie et l’afrophobie. Il a notamment contesté l’idée selon laquelle frapper des étrangers ou fermer leurs commerces permettrait de résoudre la question de l’emploi. Son argument est direct : la violence contre des Zimbabweens, des Nigérians ou d’autres Africains ne crée pas de travail.

Cette position rappelle un principe simple : le mécontentement social ne doit pas être détourné vers les plus vulnérables. Les problèmes d’emploi, d’inégalités et de sécurité exigent des réponses politiques, économiques et institutionnelles. Ils ne trouvent pas de solution dans la brutalité exercée contre des voisins africains.

FAQ sur la xénophobie en Afrique du Sud

La xénophobie peut-elle être justifiée par la criminalité ?

Non. Des infractions doivent être traitées individuellement, sur la base de faits et par les autorités compétentes. Elles ne justifient pas les violences ou les discriminations envers tous les étrangers.

Pourquoi la question concerne-t-elle aussi les pays d’origine ?

Parce que les départs vers d’autres pays africains soulèvent la question des opportunités, de la sécurité et des conditions de vie offertes aux citoyens dans leur propre pays. Cette responsabilité ne retire rien au devoir de protéger les migrants contre les violences.

Faut-il considérer tous les Sud-Africains comme xénophobes ?

Non. Des Sud-Africains s’opposent à la xénophobie. Attribuer les actes d’un groupe à toute une population constitue un amalgame qui ne permet pas de comprendre ni de résoudre le problème.

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Plongez-vous dans un univers captivant où chaque texte est une fenêtre ouverte sur des sujets variés, allant de la géopolitique africaine aux questions de vie et de la société africaines et autres. Zack Mwekassa: Le Guérier Noir, Votre Frère.

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