Guinée : France 24 interdite après l’usage du terme « président putschiste » pour Mamadi Doumbouya

Les autorités guinéennes ont maintenu l’interdiction de diffusion de France 24, jugeant tardives les corrections et excuses formulées par la chaîne.
La diffusion de France 24 est interdite en Guinée avec effet immédiat. La décision a été prise par la Haute Autorité de la communication (HAC) après qu’un présentateur a qualifié Mamadi Doumbouya de « président putschiste » à l’antenne.
Pour les autorités guinéennes, cette formulation portait atteinte à la dignité du chef de l’État. Elles ont estimé que la chaîne n’avait pas exécuté suffisamment vite les mesures demandées dans une mise en demeure, malgré une rectification et des excuses formulées ultérieurement.
Pourquoi la Guinée a-t-elle interdit France 24 ?
L’affaire porte sur une séquence diffusée le 14 septembre 2026, au cours de laquelle Mamadi Doumbouya a été présenté comme un « président putschiste ».
Mamadi Doumbouya est arrivé à la tête de la Guinée à la suite du coup d’État du 5 septembre 2021, qui avait renversé le président Alpha Condé. Toutefois, selon les éléments rapportés, il a ensuite été élu président de la République lors de l’élection présidentielle du 28 décembre 2025.
Les autorités guinéennes ont donc considéré que continuer à employer le terme de « putschiste » pour désigner le président en exercice ne correspondait plus à son statut institutionnel issu de cette élection. La HAC a qualifié cette désignation d’atteinte à la dignité du chef de l’État.
La mise en demeure de la Haute Autorité de la communication
Après la séquence en cause, la HAC a adressé une mise en demeure à France 24. L’autorité demandait à la chaîne de cesser immédiatement l’utilisation des termes contestés et d’effectuer une rectification sur l’ensemble de ses canaux éditoriaux.
Cette demande concernait à la fois l’antenne et les supports numériques. Les autorités attendaient notamment le retrait ou la correction de l’extrait en ligne dans lequel le président guinéen était qualifié de « président putschiste ».
Selon la chronologie avancée, la séquence a été diffusée le 14 septembre. Une intervention de la HAC est ensuite intervenue les 16 et 17 septembre. Au moment de la décision d’interdiction, les autorités ont estimé que l’extrait incriminé restait disponible et que les exigences de la mise en demeure n’avaient pas été respectées de manière suffisante.
Une interdiction sur tous les moyens de diffusion
La HAC a prononcé l’interdiction immédiate de France 24 sur l’ensemble du territoire guinéen. La mesure vise les différents modes d’accès à la chaîne, notamment le satellite, le câble, Internet, les applications et les réseaux sociaux.
La décision s’accompagne également du retrait des accréditations des correspondants, envoyés spéciaux et collaborateurs de France 24 présents en Guinée. Les autorités ont ainsi choisi une mesure globale, couvrant aussi bien la diffusion des programmes que l’activité journalistique de la chaîne sur le territoire.
La position des autorités est fondée sur le fait que la chaîne aurait disposé de plusieurs jours pour corriger les propos contestés après la mise en demeure. Elles ont jugé que les mesures prises n’avaient pas répondu de façon adéquate à leur demande initiale.
France 24 reconnaît une erreur et présente ses excuses
France 24 a ensuite diffusé un rectificatif. La chaîne a reconnu avoir qualifié par erreur Mamadi Doumbouya de « président putschiste ». Elle a rappelé qu’il était arrivé au pouvoir par le coup d’État de septembre 2021, tout en précisant qu’il avait depuis été élu président de la République lors de l’élection présidentielle de décembre 2025.
La chaîne a présenté ses excuses à l’antenne et en ligne. Sa directrice, Vanessa Burggraf, a également adressé un courrier au président Mamadi Doumbouya afin de présenter des excuses officielles, de préciser le caractère non intentionnel de la formulation et de demander un réexamen des sanctions.
Ces démarches n’ont toutefois pas entraîné la levée de l’interdiction. Les autorités guinéennes ont considéré que la correction et les excuses étaient intervenues trop tardivement, après une mise en demeure qui, selon elles, n’avait pas été pleinement suivie d’effet.
Une décision qui s’inscrit dans un contexte régional
Le cas guinéen n’est pas présenté comme un précédent isolé sur le continent. France 24 avait déjà fait l’objet de restrictions ou d’interdictions dans plusieurs pays africains.
Au Mali, la chaîne a été interdite à la fin de l’année 2022 dans un contexte d’accusations de partialité. Au Burkina Faso, les autorités ont également contesté la couverture de la situation nationale par France 24, qu’elles jugeaient biaisée.
Au Togo, une suspension décidée en juin 2025 a été motivée par des accusations de manque d’impartialité et de diffusion d’informations jugées inexactes ou biaisées. D’après les éléments disponibles, cette suspension n’avait pas encore été levée.
En Guinée, la décision repose spécifiquement sur le vocabulaire employé à l’égard du président Mamadi Doumbouya et sur l’appréciation, par la HAC, de la réponse apportée par France 24 à sa mise en demeure.
FAQ
France 24 est-elle interdite partout en Guinée ?
Oui. La décision annoncée prévoit une interdiction de diffusion sur l’ensemble du territoire guinéen, via le satellite, le câble, Internet, les applications et les réseaux sociaux.
Quel terme a conduit à la sanction ?
La sanction est liée à l’emploi du terme « président putschiste » pour qualifier Mamadi Doumbouya. Les autorités ont estimé que cette expression était attentatoire à la dignité du chef de l’État.
France 24 a-t-elle présenté des excuses ?
Oui. France 24 a publié un rectificatif, présenté des excuses à l’antenne et en ligne, et sa directrice a écrit au président guinéen. Les autorités ont néanmoins maintenu l’interdiction, jugeant ces démarches tardives.



