Tentative de coup d’État au Niger : le récit du capitaine Roger Gabriel

Le militaire décrit les événements survenus dans la nuit du 28 au 29 août, son déploiement et les appels qu’il dit avoir reçus.
Une tentative de coup d’État ou une mutinerie impliquant des unités nigériennes aurait visé la base 101 à Niamey dans la nuit du 28 au 29 août. Le capitaine Roger Gabriel, officier du premier bataillon parachutiste, a livré un récit détaillé de sa réaction face aux tirs, des ordres reçus et des appels qu’il affirme avoir reçus durant ces heures de tension.
Son témoignage présente les faits comme un affrontement interne entre une unité engagée sur la base 101 et la garde présidentielle. Il affirme également avoir porté à la connaissance de sa hiérarchie des informations faisant état, selon ses interlocuteurs, de préparatifs d’intervention venant de l’extérieur. Ces éléments constituent les déclarations du capitaine et ne permettent pas, à eux seuls, d’établir les responsabilités des personnes, institutions ou pays cités.
Le profil du capitaine Roger Gabriel
Roger Gabriel se présente comme un capitaine né le 25 décembre 1994 à Niamey. Il indique servir au premier bataillon parachutiste en qualité de commandant de compagnie. Il déclare aussi être titulaire d’un master en relations internationales, être marié, père de deux filles et résider à Ouallam-Bagagi.
Il situe son intervention dans le cadre des événements survenus dans la nuit du 28 au 29 août. D’emblée, il affirme ne pas avoir pris part à l’action qui se déroulait à la base 101.
Réveillé par des tirs en provenance de la base 101
Selon son récit, le capitaine se trouvait à son domicile lorsqu’il a été réveillé par des tirs venant de la base 101. Il explique avoir aussitôt contacté son commandant de bataillon afin de signaler la situation.
Il dit avoir reçu l’ordre de faire distribuer les armes aux éléments de son unité, de sécuriser le camp de Bagagi, puis d’attendre les instructions de la hiérarchie. À ce stade, il affirme que l’hypothèse d’une attaque terroriste pouvait être envisagée, compte tenu du contexte sécuritaire.
Après la sécurisation du camp, son unité aurait reçu l’ordre, transmis par le commandement de zone, de sécuriser le deuxième pont. À son retour de cette position, des éléments l’auraient informé du passage de la garde présidentielle en direction de la base aérienne.
Des échanges avec la garde présidentielle et le commandement
Pour comprendre la situation, Roger Gabriel indique avoir appelé le capitaine Mustapha, de la garde présidentielle. Celui-ci lui aurait répondu qu’il se trouvait alors en mission à Tounous et lui aurait transmis le numéro du capitaine Mekibi, présenté comme étant à Niamey.
Le capitaine Mekibi lui aurait expliqué la situation et donné une conduite à tenir. Roger Gabriel affirme avoir signalé que ses hommes tenaient déjà le deuxième pont. Il indique ensuite que le capitaine Mekibi se trouvait avec le général Hibro, lequel aurait demandé confirmation de l’identité du bataillon parachutiste avant d’ordonner le maintien de la position jusqu’à l’arrivée d’éléments de la garde nationale.
Plus tard au cours de la nuit, plusieurs officiers du BSR COS l’auraient contacté, alors que des positions stratégiques et la base aérienne étaient, selon lui, en cours de prise. Il cite les capitaines Kader, Nasser Neusa et Abdulfatta, ainsi que le commandant Merasi.
Le capitaine explique que son unité avait initialement signalé à son commandant de bataillon qu’une unité sous le feu pouvait avoir besoin d’appui. Le commandement leur aurait alors confirmé qu’il s’agissait d’un affrontement entre le BSR et la garde présidentielle. À partir de cette confirmation, il affirme que son groupe a repoussé les sollicitations qui lui étaient adressées par le BSR.
Des appels évoquant une intervention extérieure
Le volet le plus sensible de son récit concerne plusieurs appels et messages qu’il dit avoir reçus. Il affirme qu’un colonel tchadien, Hassan Adou, l’a contacté une première fois afin de savoir si une attaque terroriste se déroulait à Niamey.
Roger Gabriel dit lui avoir répondu qu’il ne s’agissait pas d’une attaque terroriste, mais d’un affrontement entre une unité nigérienne et la garde présidentielle à la base 101. Selon lui, son interlocuteur l’aurait rappelé pour lui indiquer qu’une intervention serait en préparation depuis le Tchad, avec le soutien des autorités et des forces spéciales françaises, au profit de l’unité engagée à la base 101.
Le capitaine déclare également avoir été contacté par des membres de la famille de l’ancien président Bazoum, dont les noms sont retranscrits comme « Zasia » et « Salum ». Ceux-ci lui auraient demandé des informations sur la situation tout en affirmant que certains partenaires étaient prêts à intervenir.
D’après son témoignage, ces interlocuteurs auraient notamment évoqué le président béninois, qui aurait interrompu un déplacement vers la Côte d’Ivoire pour rentrer au Bénin et mettre en place une cellule de crise. La Côte d’Ivoire ainsi que des forces spéciales françaises présentes sur son territoire auraient aussi été mentionnées. Le capitaine rapporte par ailleurs que ses interlocuteurs auraient fait état d’accords obtenus au niveau de la CEDEAO.
Des numéros attribués à plusieurs pays
Roger Gabriel affirme avoir reçu d’autres appels ou tentatives de contact depuis des numéros associés à la France, à Dubaï et à la Belgique, auxquels il déclare ne pas avoir répondu après avoir compris la nature de la situation. Il précise toutefois que l’origine apparente d’un numéro ne suffit pas nécessairement à identifier le lieu réel depuis lequel l’appel est effectué.
Il mentionne aussi des messages WhatsApp. Un dénommé Hamid Ngadé lui aurait demandé des nouvelles de la situation et assuré que des partenaires français étaient prêts à intervenir en soutien à l’unité engagée à la base 101. Le colonel Saidina lui aurait, selon ses propos, écrit afin de savoir s’il restait des personnes tenant une position et nécessitant un appui.
Enfin, il affirme avoir reçu un message du chef d’état-major de l’armée de l’air tchadienne, annonçant une intervention. Le capitaine indique que la totalité de ces appels, messages et faits rapportés a fait l’objet d’un compte rendu à sa hiérarchie.
Ce que permet d’établir ce récit
Le témoignage de Roger Gabriel décrit une nuit marquée par des tirs, le déploiement d’unités autour de positions stratégiques de Niamey et une confrontation entre forces nigériennes. Il présente son propre rôle comme celui d’un officier ayant sécurisé son camp et le deuxième pont, conformément aux instructions reçues.
Il formule également de graves allégations sur l’implication ou la disponibilité d’acteurs extérieurs, citant le Tchad, la France, le Bénin, la Côte d’Ivoire, la CEDEAO et des proches de l’ancien président Bazoum. Ces affirmations sont rapportées au conditionnel : elles relèvent de contacts que le capitaine dit avoir eus et d’informations qu’il dit avoir transmises à sa chaîne hiérarchique.
FAQ
Quel rôle Roger Gabriel dit-il avoir joué durant les événements ?
Il affirme ne pas avoir participé à l’action contre la base 101. Il dit avoir fait armer ses éléments, sécurisé le camp de Bagagi puis tenu le deuxième pont sur ordre de sa hiérarchie.
Qui le capitaine désigne-t-il comme protagonistes de l’affrontement ?
Selon son récit, le commandement lui aurait confirmé qu’il s’agissait d’un affrontement entre le BSR et la garde présidentielle.
Les pays cités sont-ils formellement établis comme impliqués ?
Non. Leur mention repose sur les appels et messages que Roger Gabriel dit avoir reçus. Son témoignage rapporte des allégations et ne constitue pas, à lui seul, une preuve formelle d’implication.



