En Afrique du Sud, des commerçants africains face à des pressions malgré leur citoyenneté

Le cas d’un entrepreneur éthiopien met en lumière les tensions autour de la nationalité, du commerce de proximité et de la xénophobie.
La xénophobie en Afrique du Sud ne se limite pas toujours à la situation administrative des personnes visées. Le cas d’un entrepreneur d’origine éthiopienne, propriétaire d’une épicerie et se présentant comme citoyen sud-africain, illustre des tensions plus profondes autour de l’appartenance nationale, du droit de travailler et de la concurrence économique locale.
Installé dans le pays depuis 26 ans selon ses déclarations, cet homme affirme posséder des documents sud-africains depuis 2006. Pourtant, lors d’une confrontation autour de son commerce, son statut de citoyen n’aurait pas suffi à mettre fin aux injonctions de fermer son établissement. Pour lui, la question ne portait donc plus seulement sur l’immigration irrégulière, mais sur son origine africaine et sur sa place dans la communauté.
Un commerce de proximité au cœur du conflit
Les épiceries de quartier constituent une activité fréquemment exercée par des entrepreneurs africains installés en Afrique du Sud, notamment des Éthiopiens d’après le récit rapporté. Ces commerces vendent des produits du quotidien : pain, lait, sucre, beurre, confitures et autres denrées courantes. Ils sont implantés, dans certains cas, dans des quartiers populaires.
Dans l’affaire évoquée, plusieurs personnes se seraient rendues auprès du propriétaire avec une demande claire : fermer la boutique ou en céder l’accès. L’entrepreneur aurait tenté de montrer ses documents et de rappeler qu’il était citoyen sud-africain, contribuable et membre de la communauté locale. Ces arguments auraient été écartés par certains interlocuteurs, qui auraient insisté sur le sort du commerce plutôt que sur sa situation personnelle.
Cette scène fait émerger une interrogation essentielle : lorsqu’une personne est naturalisée et dispose des documents du pays, peut-elle encore être traitée comme une étrangère en raison de son origine ? Le commerçant concerné estime que c’est précisément ce qui lui arrive.
Citoyenneté légale et sentiment d’appartenance
Le commerçant affirme que son expérience montre l’écart possible entre la citoyenneté sur le plan administratif et la reconnaissance sociale sur le terrain. Malgré ses documents, il aurait entendu qu’il n’était pas chez lui et que le pays appartenait exclusivement aux habitants considérés comme locaux.
Il répond que ce pays est aussi le sien. Son argument est simple : il y vit depuis des décennies, y travaille, y paie ses taxes et possède la nationalité sud-africaine. Face à lui, certains participants auraient néanmoins continué à le présenter comme un étranger.
Le désaccord ne se réduit donc pas à une formalité administrative. Il oppose deux visions de l’appartenance. La première s’appuie sur la citoyenneté, la durée de résidence et l’activité économique. La seconde, telle qu’elle ressort de cet épisode, semble reposer sur l’origine, la langue, l’apparence ou la naissance dans le pays.
La question des secteurs réservés aux Sud-Africains
Selon les éléments rapportés, certaines activités de proximité seraient réservées aux Sud-Africains, notamment la vente dans les épiceries, le commerce de produits tels que les tomates, ainsi que certains salons. Cette règle est invoquée dans le contexte du différend autour de la boutique.
Mais le propriétaire conteste l’idée qu’elle puisse lui être opposée sans tenir compte de sa naturalisation. Il se demande pourquoi son droit d’exploiter un commerce est remis en cause alors qu’il affirme être Sud-Africain sur le plan légal. Il interroge également le traitement réservé à d’autres commerçants, notamment blancs : sont-ils soumis aux mêmes demandes sur leur nationalité et sur leur droit à travailler ?
Ces questions sont formulées comme une dénonciation d’un traitement inégal. Elles ne permettent pas, à elles seules, d’établir le comportement de l’ensemble de la population sud-africaine. Elles montrent toutefois comment des contrôles ou des revendications visant des étrangers peuvent être perçus comme sélectifs lorsqu’ils semblent concerner surtout certains groupes africains.
« Prendre mon commerce, c’est me tuer » : une expression de détresse économique
Au cours de l’échange, l’entrepreneur emploie à plusieurs reprises l’expression « me tuer ». Il ne l’utilise pas pour affirmer qu’une menace de mort explicite aurait été prononcée contre lui. Il explique plutôt que perdre son commerce après des années de travail représenterait une destruction de sa vie économique.
Pour lui, retirer une boutique à une personne qui a investi son temps, son argent et ses efforts revient à la priver de ses moyens de subsistance. Ses interlocuteurs lui auraient répondu que personne ne parlait de le tuer et que le sujet était uniquement la fermeture du commerce. Cette divergence révèle deux interprétations opposées : d’un côté, une demande présentée comme commerciale ou communautaire ; de l’autre, une dépossession vécue comme une atteinte majeure à la dignité et au travail accompli.
L’homme refuse d’être intimidé. Il rappelle que tous les êtres humains ont le même sang et réclame un respect égal. Sa position est que sa nationalité, son ancienneté dans le pays et son activité devraient suffire à garantir son droit d’exister et d’entreprendre sans être traité comme un intrus.
Le précédent d’un salon de coiffure tenu par une Congolaise
Un autre cas est également relaté : celui d’une femme congolaise à qui il aurait été demandé de quitter son salon de coiffure afin qu’une Sud-Africaine puisse y travailler. La commerçante aurait expliqué avoir investi 10 000 dollars dans son activité. Une somme de 10 000 rands, présentée comme équivalant à environ 600 euros, lui aurait été proposée pour reprendre le commerce.
Estimant cette offre très inférieure à son investissement, elle aurait refusé. Selon le récit, elle aurait ensuite choisi de détruire son propre salon plutôt que de le laisser à d’autres personnes avec sa clientèle, son matériel et les efforts engagés pour le développer. Le local serait resté fermé par la suite.
Ce second exemple, comme celui de l’épicerie, met en évidence le poids des investissements réalisés par des entrepreneurs migrants ou naturalisés. Derrière une demande de départ se trouvent parfois des années de travail, des fonds engagés et une clientèle construite progressivement.
Des contrôles policiers perçus comme discriminatoires
Le récit fait aussi état d’expériences de contrôles routiers vécus comme ciblés. Il est affirmé que certains policiers commenceraient par s’adresser aux automobilistes dans une langue locale, puis utiliseraient un registre plus familier afin d’évaluer s’ils sont réellement du pays. Lorsque la personne ne maîtrise pas suffisamment la langue ou l’argot, son origine serait davantage questionnée.
Dans ces situations, des fouilles plus poussées du véhicule seraient parfois effectuées selon le témoignage rapporté. Les personnes concernées auraient le sentiment d’être suspectées en raison de leur nationalité ou de leur apparence, tandis que les habitants considérés comme locaux seraient moins exposés à ces pratiques. Il s’agit d’un ressenti relaté, qui souligne le manque de confiance et le sentiment de vulnérabilité de certains résidents africains.
Ne pas confondre immigration irrégulière et rejet des Africains
Le débat public peut distinguer le contrôle de l’immigration irrégulière du rejet des étrangers. Cependant, les cas rapportés posent une limite nette : lorsqu’un citoyen naturalisé, documenté et installé depuis longtemps est toujours présenté comme étranger, l’argument de l’irrégularité ne suffit plus à expliquer l’hostilité.
La lutte contre l’immigration irrégulière ne devrait pas servir à effacer les droits des personnes qui possèdent un statut légal ou la nationalité du pays. Pour les entrepreneurs africains concernés, l’enjeu est aussi celui de la sécurité de leurs investissements, de leur droit au travail et de leur reconnaissance comme citoyens à part entière.
FAQ
Pourquoi ce commerçant éthiopien est-il contesté malgré sa citoyenneté ?
Il affirme être citoyen sud-africain depuis de nombreuses années, mais certains interlocuteurs continuent de le considérer comme un étranger et demandent la fermeture de son épicerie.
Le conflit concerne-t-il uniquement l’immigration irrégulière ?
Le récit suggère que non. Le commerçant soutient que ses documents et son statut légal sont ignorés, ce qui alimente son sentiment d’être visé en raison de son origine.
Quel est l’enjeu pour les commerces africains de proximité ?
Ces activités représentent des investissements, des emplois et des années de travail. Une pression visant à les fermer ou à les reprendre peut entraîner une perte économique considérable pour leurs propriétaires.



