Afrique

Afrique du Sud : à Germiston, des étrangers et des citoyens disent avoir été expulsés de leurs logements

Des témoignages font état d’intrusions dans des domiciles, de contrôles policiers et de pillages lors de mobilisations liées à la présence d’étrangers.

À Germiston, en Afrique du Sud, des scènes rapportées autour du 30 juin 2026 ont suscité l’inquiétude de nombreux résidents. Des manifestants auraient pénétré dans des propriétés privées pour en faire sortir des personnes perçues comme étrangères, avant de les remettre à la police. Selon plusieurs témoignages, cette pratique n’aurait pas concerné uniquement des personnes sans documents : des résidents affirmant être en situation régulière, voire des citoyens sud-africains, disent aussi avoir été touchés.

Le contexte était marqué par des appels demandant le départ d’Africains vivant illégalement sur le territoire sud-africain. La date du 30 juin avait été présentée comme une échéance pour les personnes sans papiers. Toutefois, les récits recueillis à Germiston soulèvent une question centrale : lorsque des civils identifient eux-mêmes des personnes comme étrangères et les font sortir de chez elles, la distinction entre contrôle de l’immigration, intimidation et violence devient particulièrement difficile à établir.

Des occupants sortis de logements privés

Des images et témoignages rapportent que des groupes de manifestants ont procédé à du porte-à-porte dans certains quartiers de Germiston. Des occupants auraient été extraits de leurs maisons ou de leurs bâtiments, puis conduits auprès de policiers présents sur les lieux.

Cette situation est décrite comme visant des personnes considérées, à tort ou à raison, comme des ressortissants étrangers. Or, selon les témoignages évoqués, les documents des personnes concernées n’auraient pas toujours été vérifiés avant leur expulsion du logement. Des individus en règle auraient ainsi été mêlés à ceux soupçonnés d’être en situation irrégulière.

La présence des forces de l’ordre durant certains de ces épisodes est au cœur des interrogations. Les témoignages font état de civils qui auraient emmené des occupants jusqu’à la police. Ils posent donc la question du rôle attendu des autorités lorsqu’un groupe entre dans un domicile privé, désigne des personnes en fonction de leur apparence ou de leur origine supposée, puis les livre aux agents.

Des familles disent avoir été blessées et traumatisées

Un homme présenté comme un ressortissant étranger aurait déclaré que ses enfants avaient été blessés au cours de ces événements. Deux jeunes filles, dont l’une semblait ensanglantée, auraient été aperçues dans ce contexte. Les informations disponibles ne permettent pas d’établir précisément les circonstances de leurs blessures, mais ce récit illustre l’angoisse exprimée par des familles confrontées à ces opérations de porte-à-porte.

Une résidente sud-africaine a également témoigné d’un pillage à son domicile. Elle a expliqué avoir d’abord cru que les vols étaient commis par des étrangers, avant d’affirmer que les personnes entrées chez elle étaient sud-africaines. Sa fille se trouvait sous la douche lorsque des personnes auraient forcé l’accès à la maison et lui auraient demandé de sortir telle qu’elle était.

Un autre témoignage fait état de portes et de portails endommagés. Une jeune femme a affirmé que son père avait été emmené alors que la famille se présentait comme sud-africaine et originaire du Limpopo. Elle a aussi déclaré que sa sœur aurait été sortie de la douche alors qu’elle était nue. Pour cette famille, la mobilisation qualifiée de pacifique ne l’aurait pas été dans les faits : le logement aurait été forcé et les proches seraient restés traumatisés par ce qu’ils ont vécu.

Quand l’apparence et la langue deviennent des critères de soupçon

Les témoignages soulignent un risque majeur : celui de confondre nationalité, origine ethnique, langue et apparence physique. L’Afrique du Sud compte de nombreuses communautés et plusieurs langues. Des habitants du Limpopo, notamment des Batsonga, disent craindre d’être assimilés à des personnes venues du Mozambique ou du Zimbabwe parce qu’ils partagent des traits, une langue ou des références culturelles proches.

Des Sud-Africains issus de cette communauté affirment être régulièrement traités comme des étrangers dans leur propre pays. Selon eux, les personnes qui s’en prennent aux étrangers ne savent pas toujours distinguer les citoyens sud-africains des ressortissants mozambicains ou zimbabwéens. Cette confusion peut exposer des citoyens à des insultes, à des contrôles abusifs, à des expulsions de leur logement ou à des violences.

Le problème devient encore plus grave lorsque l’identification repose sur la couleur de peau ou les traits du visage. D’après les récits rapportés, certaines personnes seraient présumées étrangères parce qu’elles ont le teint plus foncé ou parce qu’elles ne correspondent pas à l’image que des manifestants se font d’une communauté sud-africaine donnée. Une telle logique ne permet pas de déterminer le statut légal ou la citoyenneté d’un individu.

Des commerces somaliens et éthiopiens également ciblés

Les événements décrits ne se limitent pas aux logements. Des pillages auraient aussi visé des boutiques et des épiceries tenues par des Somaliens, des Éthiopiens et d’autres Africains. Ces commerces de proximité sont parfois accusés de vendre des produits périmés ou dangereux. Dans les témoignages évoqués, ces accusations sont présentées comme récurrentes.

Mais les scènes de pillage rapportées interrogent la cohérence de ces accusations : si des produits sont considérés comme impropres ou dangereux, leur emport lors de vols ne confirme pas, à lui seul, leur nature ni les motifs réels des attaques. Les récits disponibles montrent surtout que ces petits commerces ont été exposés à des actes de prédation dans un climat de forte tension.

La situation rappelle que les discours visant des groupes entiers peuvent rapidement avoir des conséquences sur les personnes, les familles et les activités économiques. Lorsqu’un commerçant, un voisin ou un résident est visé en raison de son origine supposée, la frontière entre revendication politique, rejet social et violences collectives peut s’effacer.

La question du contrôle des étrangers ne justifie pas les intrusions

La présence de personnes sans papiers et les débats sur l’immigration constituent des sujets sensibles. Des Sud-Africains revendiquent le droit de demander l’application des règles d’entrée et de séjour sur leur territoire. Mais les témoignages de Germiston montrent pourquoi toute action menée hors d’un cadre légal comporte un danger immédiat.

Entrer dans une maison, forcer une porte, faire sortir un occupant ou décider à sa place qu’il est étranger ne constitue pas une simple vérification administrative. Ces gestes peuvent atteindre des personnes en situation régulière, des citoyens sud-africains et des enfants. Ils peuvent aussi entraîner des blessures, des destructions matérielles et un sentiment durable d’insécurité.

Les récits entendus insistent sur une réalité : une fois que l’origine supposée devient le principal critère de désignation, personne n’est pleinement à l’abri. Les citoyens sud-africains qui parlent une langue proche de celle de pays voisins ou qui ont une apparence assimilée à celle d’un étranger peuvent être ciblés à leur tour.

FAQ

Que s’est-il passé à Germiston autour du 30 juin ?

Des témoignages font état de manifestants ayant forcé l’accès à des logements, sorti des occupants perçus comme étrangers et conduit certaines personnes vers la police. Des commerces auraient également été pillés.

Les personnes visées étaient-elles toutes sans papiers ?

Non. D’après les récits rapportés, des personnes disposant de documents et des citoyens sud-africains auraient aussi été touchés, notamment des habitants se présentant comme Batsonga et originaires du Limpopo.

Pourquoi des citoyens sud-africains disent-ils être pris pour des étrangers ?

Certains expliquent être assimilés à des Mozambicains ou à des Zimbabwéens en raison de leur langue, de leur origine communautaire ou de leur apparence. Ces critères ne permettent pourtant pas d’établir la nationalité ou le statut administratif d’une personne.

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Plongez-vous dans un univers captivant où chaque texte est une fenêtre ouverte sur des sujets variés, allant de la géopolitique africaine aux questions de vie et de la société africaines et autres. Zack Mwekassa: Le Guérier Noir, Votre Frère.

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