Sénégal

Discours hostiles envers des étrangers au Sénégal : ce que révèle l’alerte de 2023

Des organisations de défense des droits humains ont signalé une montée de propos visant notamment des ressortissants guinéens et nigériens.

La question de la xénophobie au Sénégal a été publiquement soulevée par trois organisations de défense des droits humains. Dans un communiqué commun publié le 18 août 2023, elles se sont dites très préoccupées par une montée de discours hostiles envers des étrangers dans les médias et sur les réseaux sociaux.

Cette alerte concerne en particulier des ressortissants d’Afrique de l’Ouest vivant et travaillant au Sénégal, notamment des Guinéens et des Nigériens. Elle rappelle qu’un pays reconnu pour son accueil ne peut être résumé à une image figée : des tensions locales, des difficultés économiques et des débats sur l’occupation de l’espace public peuvent aussi nourrir des propos de rejet. Cela ne justifie ni les stigmatisations ni les violences contre des personnes en raison de leur nationalité.

Une alerte sur les discours visant des communautés étrangères

Les organisations signataires du communiqué du 18 août 2023 ont dénoncé une augmentation des attaques et des propos visant des communautés étrangères installées au Sénégal. Les inquiétudes portent autant sur les discours publics que sur leur circulation dans les espaces médiatiques et numériques.

Le sujet ne se limite donc pas à des différends entre individus. Lorsqu’un groupe est désigné collectivement comme responsable de nuisances, de difficultés économiques ou de problèmes de sécurité, le risque est de transformer des situations sociales complexes en accusation dirigée contre une nationalité entière.

Des scènes montrant des migrants chassés de certains quartiers ont également circulé largement sur les réseaux sociaux. Selon les éléments rapportés, des personnes présentées comme nigériennes auraient été prises à partie. Les griefs évoqués concernaient notamment le fait de dormir dehors, la saleté supposée des lieux et les troubles attribués à ces installations. Ces éléments, lorsqu’ils sont généralisés à une communauté, alimentent un climat d’hostilité.

La présence guinéenne au Sénégal au centre de nombreuses tensions

La communauté guinéenne est présentée comme la plus importante communauté étrangère vivant au Sénégal. Elle compterait environ 84 000 ressortissants guinéens, soit près de 40 % de l’ensemble des étrangers présents dans le pays, selon les chiffres mentionnés dans les éléments disponibles.

Une grande partie de cette population vit à Dakar et dans d’autres grandes villes. Ses membres travaillent notamment dans le petit commerce et les services : vente de fruits et de légumes, boutiques de quartier, coiffure masculine, blanchisserie, restauration ou autres activités de proximité.

Ces activités sont visibles dans la vie quotidienne et peuvent créer une concurrence avec d’autres commerçants. Certains Sénégalais reprochent ainsi à des Guinéens de proposer des prix plus bas, d’occuper des emplacements de vente ou de prendre des emplois précaires. Pourtant, leur présence est aussi associée à une plus grande disponibilité de certains produits, à des prix plus accessibles, ainsi qu’à l’animation de petits commerces, y compris informels.

De nombreux travailleurs étrangers envoient par ailleurs une partie de leurs revenus à leur famille restée dans leur pays d’origine. Cette réalité migratoire ne constitue pas, en elle-même, une faute : elle reflète la recherche d’un emploi et de ressources dans un espace ouest-africain où les mobilités entre pays voisins sont anciennes.

Occupation de l’espace public, insalubrité et précarité : des problèmes qui exigent des réponses précises

Plusieurs motifs de mécontentement ont été évoqués par des habitants et des commerçants dans certains secteurs de Dakar, dont Colobane. Des familles étrangères dormiraient sur des trottoirs, devant des boutiques ou dans les rues. Des commerçants disent retrouver leurs devantures ou leurs espaces de vente transformés en lieux de couchage pendant la nuit.

Les plaintes rapportées concernent aussi l’accumulation de déchets, les mauvaises odeurs, le manque d’hygiène et le caractère malsain de certains lieux. À cela s’ajoute un sentiment d’insécurité exprimé par certains riverains, avec des craintes liées aux vols, aux bagarres ou à la présence durable de personnes en grande vulnérabilité.

Ces difficultés ne doivent pas être niées. Elles demandent des solutions concrètes concernant l’hébergement, la salubrité, l’organisation des marchés, l’accès aux services essentiels et la sécurité. En revanche, elles ne permettent pas d’attribuer collectivement les problèmes à tous les Guinéens, tous les Nigériens ou tous les étrangers.

La distinction est fondamentale : traiter des campements précaires, de l’occupation d’un trottoir ou de déchets relève de l’action publique locale. Désigner des personnes par leur origine nationale comme un problème relève d’une logique de stigmatisation. Les autorités et les responsables publics ont, à cet égard, une responsabilité particulière dans le choix de leurs mots lorsqu’ils s’adressent à des communautés étrangères.

Pourquoi parler de xénophobie exige de la rigueur

Le terme « xénophobie » renvoie à l’hostilité envers des personnes perçues comme étrangères. Il ne signifie pas que toute critique d’une situation urbaine, économique ou sociale est automatiquement xénophobe. Mais il devient pertinent lorsque les critiques visent indistinctement une population en raison de son origine, lorsque des insultes circulent contre elle, ou lorsque des agressions et des expulsions de fait sont dirigées contre des personnes identifiées comme étrangères.

Les tensions économiques semblent jouer un rôle important dans les griefs exprimés. La concurrence dans les petits métiers, le manque de place dans les marchés, la précarité et les difficultés de gestion urbaine peuvent exacerber les oppositions. Toutefois, expliquer un phénomène par ces tensions ne revient pas à l’excuser.

Les personnes migrantes peuvent être particulièrement exposées lorsqu’elles vivent dans la précarité, travaillent dans l’informel ou n’ont pas accès à un logement stable. Leur vulnérabilité ne doit pas les transformer en cibles faciles de frustrations accumulées pendant des mois ou des années.

Préserver l’accueil et la dignité de chacun

Le Sénégal est souvent associé à la teranga, une idée d’hospitalité et d’accueil. L’alerte formulée en 2023 montre que cette valeur doit être protégée dans les faits, y compris lorsque les conditions sociales sont difficiles et que les habitants font face à des problèmes réels dans leur quartier.

Répondre aux inquiétudes de riverains et de commerçants suppose d’améliorer la gestion de l’espace public. Répondre à la précarité des migrants suppose aussi de ne pas les réduire à leur nationalité ni de les exposer à des humiliations, des menaces ou des violences. Ces deux exigences ne sont pas contradictoires.

La lutte contre les discours hostiles passe enfin par une parole publique responsable. Les débats sur l’immigration, le commerce, l’hygiène ou la sécurité doivent rester fondés sur des situations identifiées et des solutions proportionnées, sans transformer des communautés entières en boucs émissaires.

Questions fréquentes

Quand des organisations ont-elles alerté sur les discours hostiles envers les étrangers au Sénégal ?

Trois organisations de défense des droits humains ont publié un communiqué commun le 18 août 2023. Elles y faisaient part de leur préoccupation face à la montée de discours xénophobes et hostiles aux étrangers dans les médias et sur les réseaux sociaux.

Quelles communautés sont principalement citées dans cette alerte ?

Les éléments rapportés citent notamment des ressortissants guinéens et nigériens, ainsi que d’autres personnes originaires d’Afrique de l’Ouest vivant au Sénégal.

Les problèmes d’espace public justifient-ils les propos hostiles envers les étrangers ?

Non. Les enjeux de logement précaire, de salubrité, de sécurité ou d’occupation des trottoirs peuvent nécessiter des réponses publiques, mais ils ne justifient pas la stigmatisation d’une population entière selon sa nationalité.

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