Afrique

Tensions entre parlementaires nigérians et sud-africains autour de la xénophobie

Un désaccord sur les violences visant des étrangers en Afrique du Sud a provoqué une vive altercation lors d’une réunion parlementaire du Commonwealth.

Une réunion parlementaire du Commonwealth consacrée à la coopération africaine a été marquée par de fortes tensions entre des représentants nigérians et sud-africains. Au centre du désaccord : la manière de qualifier les violences et agressions visant des ressortissants étrangers en Afrique du Sud.

Les échanges ont dégénéré au point que plusieurs participants se sont levés et qu’une intervention a été nécessaire pour tenter de les séparer. Le conflit portait moins sur le principe d’une meilleure coopération entre pays africains que sur les mots employés pour décrire une situation particulièrement sensible : la xénophobie, l’immigration et la sécurité des étrangers vivant en Afrique du Sud.

Un désaccord sur le terme de « xénophobie »

Selon les propos rapportés lors de cette réunion, les représentants nigérians ont interrogé la possibilité de renforcer le travail commun entre États africains alors que des étrangers seraient, selon eux, victimes de violences dans certains pays du continent.

Ils ont qualifié ces faits de xénophobie. Cette qualification a été contestée par les représentants sud-africains présents, qui auraient demandé que le sujet soit plutôt formulé comme une question de respect des règles d’immigration ou d’immigration illégale.

Les parlementaires nigérians ont refusé ce changement d’appellation. Leur argument était que les violences évoquées ne concerneraient pas uniquement des personnes en situation irrégulière. Ils ont affirmé que des personnes disposant de documents ou d’un statut légal auraient également été agressées.

Pour eux, présenter le problème comme une simple question de contrôle migratoire ne permettrait donc pas d’expliquer les agressions visant des étrangers légalement installés dans le pays. La discussion s’est alors durcie, avec des accusations réciproques sur la responsabilité des violences dénoncées.

Une altercation pendant la séance

Le désaccord verbal a rapidement pris une tournure physique. Des participants nigérians et sud-africains se sont levés, se sont fait face et ont dû être appelés à regagner leurs places. Une participante est intervenue pour demander le calme et empêcher que la confrontation ne se transforme en bagarre.

Les propos échangés témoignent d’une profonde opposition. D’un côté, des représentants nigérians ont maintenu que les violences contre leurs ressortissants relevaient de la xénophobie. De l’autre, des représentants sud-africains ont rejeté cette lecture et ont lié le problème à l’entrée ou à la présence de personnes étrangères sur leur territoire.

Cette séquence illustre combien le vocabulaire employé est lui-même devenu un enjeu politique. Employer le mot « xénophobie » revient à reconnaître que des personnes sont ciblées en raison de leur origine étrangère. Le remplacer par une référence à l’immigration revient, pour les représentants sud-africains qui l’ont défendu, à déplacer le débat vers le respect des règles d’entrée et de séjour.

La colère de Nigérians en Afrique du Sud

Les tensions diplomatiques et parlementaires ont été accompagnées d’une mobilisation de ressortissants nigérians vivant en Afrique du Sud. Des personnes se sont rassemblées devant la représentation nigériane, dans l’attente d’un rapatriement qui aurait été annoncé.

D’après les témoignages rapportés, certains seraient venus de Durban, du Cap ou encore de Pietermaritzburg pour rejoindre Johannesburg et Pretoria. Ils auraient quitté leur logement ou interrompu leurs activités en pensant qu’un avion serait mis à leur disposition pour retourner au Nigeria.

Ces personnes auraient ensuite attendu plusieurs semaines devant l’ambassade, sans savoir précisément quand leur départ pourrait être organisé. La situation décrite fait état de difficultés matérielles importantes pour les personnes présentes : absence de logement, incertitude sur l’accès à la nourriture et aux installations sanitaires, ainsi qu’absence d’informations claires sur le calendrier du rapatriement.

Une représentante nigériane a été entendue appelant les personnes rassemblées à remercier le président nigérian tout en demandant une accélération des démarches. Cette intervention a suscité une forte indignation parmi ceux qui attendaient un départ. Des manifestants ont estimé qu’ils ne devraient pas avoir à remercier les autorités pour une opération de rapatriement qu’ils considéraient comme urgente.

Des appels au départ d’intérêts sud-africains du Nigeria

La colère a également donné lieu à des appels visant les intérêts sud-africains au Nigeria. Des manifestants ont notamment demandé aux Sud-Africains de quitter le territoire nigérian dans un délai de trente jours. Des revendications ont aussi visé Shoprite, une enseigne présentée comme sud-africaine dans les propos rapportés.

Ces initiatives sont présentées comme une réponse aux violences dénoncées contre des Nigérians en Afrique du Sud. Les manifestants ont exprimé leur volonté de défendre leurs compatriotes et ont accusé les autorités sud-africaines de ne pas protéger suffisamment les étrangers vivant dans le pays.

Les faits rapportés soulignent ainsi le risque d’une escalade entre indignation populaire, débats sur l’immigration et tensions entre communautés nationales. L’enjeu ne se limite pas à l’organisation d’un rapatriement : il concerne aussi la sécurité des ressortissants étrangers, la responsabilité des autorités et la manière dont les violences sont nommées publiquement.

Une réunion sur la coopération rattrapée par les tensions régionales

La réunion concernée s’inscrivait dans le cadre du Commonwealth, présenté comme un espace de rencontre entre des pays liés par l’histoire coloniale britannique et, pour plusieurs d’entre eux, par l’usage de l’anglais. Son objectif annoncé était d’échanger sur le renforcement de l’Afrique, la coopération entre pays et le travail commun.

Mais l’affrontement entre délégations a mis en évidence les fractures qui peuvent surgir lorsque la question de la circulation des personnes et de leur protection est abordée. La coopération régionale suppose en effet de pouvoir discuter des difficultés rencontrées par les citoyens vivant hors de leur pays d’origine, y compris lorsque ces discussions sont particulièrement conflictuelles.

Dans cette affaire, le point de désaccord reste clair : les représentants nigérians qui se sont exprimés ont insisté sur l’existence d’actes qu’ils qualifient de xénophobes, tandis que les représentants sud-africains concernés ont contesté cette qualification en invoquant la question migratoire. Cette opposition de termes a suffi à transformer une discussion institutionnelle en confrontation ouverte.

FAQ

Pourquoi les parlementaires nigérians et sud-africains se sont-ils opposés ?

Ils se sont opposés sur la qualification des violences visant des étrangers en Afrique du Sud. Les représentants nigérians ont parlé de xénophobie, tandis que des représentants sud-africains ont souhaité présenter le sujet comme une question liée à l’immigration et au respect de ses règles.

Que réclamaient les Nigérians rassemblés devant leur ambassade en Afrique du Sud ?

Ils attendaient un rapatriement vers le Nigeria. Selon les éléments rapportés, certains avaient rejoint l’ambassade après avoir été informés qu’un avion devait être organisé pour leur retour.

Pourquoi l’utilisation du mot « xénophobie » est-elle contestée ?

Les représentants nigérians ont soutenu que des étrangers, y compris des personnes en situation régulière, auraient été victimes de violences. Les représentants sud-africains ayant contesté ce terme ont préféré évoquer le respect des règles migratoires.

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