Sénégal

Sénégal : trois influenceurs TikTok condamnés après des publications visant Bassirou Diomaye Faye

L’affaire relance le débat sur l’article 254 du Code pénal sénégalais et les limites de la critique du président de la République.

Trois influenceurs TikTok ont été condamnés au Sénégal après la publication de contenus jugés insultants envers le président de la République, Bassirou Diomaye Faye. L’affaire suscite des interrogations sur la place de la critique politique en ligne, ainsi que sur l’usage d’une disposition du Code pénal sénégalais réprimant l’offense publique au chef de l’État.

Parmi les personnes citées figure Mandoumbé Diop, connu sur les réseaux sociaux sous le nom de Lamino Darou. Présenté comme le plus suivi des trois, avec environ 500 000 abonnés sur TikTok, il a été condamné à trois mois de prison ferme. Deux autres créateurs de contenus ont également été condamnés à deux mois de prison ferme et à une amende de 500 000 francs CFA chacun, soit environ 800 dollars selon les éléments disponibles.

Des publications considérées comme insultantes

Les condamnations concernent des vidéos et publications dirigées contre Bassirou Diomaye Faye. Les contenus ont été considérés par la justice comme offensants envers le président de la République.

Cette affaire se déroule dans un climat politique marqué par des tensions entre d’anciens alliés et des soutiens du pouvoir. Les trois influenceurs sont présentés comme étant proches de militants favorables à Ousmane Sonko. Leurs messages auraient notamment porté sur la notion de « trahison », dans le contexte d’une rupture politique évoquée entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko.

Pour une partie des critiques du président, les évolutions intervenues au sommet de l’État sont perçues comme un éloignement du projet initial défendu avec Pastef. D’autres y voient au contraire une confrontation politique traduite sur les réseaux sociaux par des attaques personnelles et des messages jugés excessifs.

L’article 254 du Code pénal au centre de l’affaire

Le cadre juridique mentionné dans ce dossier est l’article 254 du Code pénal sénégalais. Cette disposition criminalise l’offense publique au président de la République, qu’elle soit exprimée par la parole, l’écrit, l’image ou tout autre moyen de diffusion publique.

Selon les éléments rapportés, les sanctions prévues peuvent aller de six mois à deux ans de prison, ou prendre la forme d’une amende. Les plateformes numériques et les réseaux sociaux entrent donc potentiellement dans le champ des moyens de diffusion visés par cette règle.

Le débat ne porte pas seulement sur les vidéos concernées ou sur leurs auteurs. Il concerne aussi l’existence et l’application de lois qui permettent de poursuivre des propos dirigés contre le chef de l’État. Les défenseurs d’une protection renforcée de la fonction présidentielle peuvent considérer que les insultes publiques doivent être sanctionnées. À l’inverse, les critiques de ce type de dispositions estiment qu’elles peuvent restreindre la liberté d’expression, particulièrement lorsqu’elles sont appliquées à des discours politiques.

Une disposition déjà utilisée sous Macky Sall

L’article 254 n’est pas nouveau dans le débat public sénégalais. Entre 2012 et 2025, particulièrement durant les périodes de fortes tensions politiques entre 2021 et 2024, des journalistes, activistes, chroniqueurs, militants et opposants ont été arrêtés ou poursuivis dans des dossiers liés notamment à l’offense au chef de l’État, à la diffusion de fausses nouvelles ou à d’autres accusations similaires.

Durant cette période, le Comité pour la protection des journalistes, connu sous le sigle CPJ, avait relevé plusieurs cas de journalistes emprisonnés au Sénégal, notamment entre 2023 et 2024. Human Rights Watch avait également documenté des arrestations d’opposants, ainsi que des restrictions liées à la liberté d’expression et de manifestation.

L’ancien président Macky Sall contestait alors l’idée de l’existence de détenus politiques, en affirmant que les arrestations relevaient de l’application de la loi. Des organisations de défense des droits humains et des opposants y voyaient, pour leur part, une répression des voix critiques.

Les promesses de rupture face à l’exercice du pouvoir

Avant leur arrivée au pouvoir, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko avaient dénoncé les emprisonnements liés aux opinions politiques et appelé à une rupture démocratique. La défense des libertés publiques et de la liberté d’expression faisait partie des thèmes associés à leur opposition au pouvoir précédent.

La condamnation des trois influenceurs TikTok alimente donc une question politique centrale : peut-on défendre une rupture avec les pratiques contestées d’hier tout en conservant les mêmes instruments juridiques pour répondre aux critiques actuelles ?

Les éléments disponibles montrent surtout que la controverse dépasse les personnes condamnées. Elle porte sur la continuité de l’arsenal légal utilisé contre les propos considérés comme offensants envers le président. Tant que l’article 254 demeure applicable, il peut être mobilisé par différents pouvoirs, quels que soient leurs engagements politiques initiaux.

Les réseaux sociaux, nouvel espace du débat politique

TikTok est devenu un espace où les prises de parole politiques circulent rapidement, parfois auprès de plusieurs dizaines de milliers de personnes. Les créateurs de contenus peuvent y commenter l’actualité, relayer des positions militantes ou critiquer les responsables publics avec un langage direct.

Cette visibilité pose la question de la responsabilité des influenceurs, mais également celle de la réponse institutionnelle aux contenus publiés. L’enjeu consiste à distinguer la critique politique, même virulente, de l’insulte ou de l’offense réprimée par la loi. Dans cette affaire, la justice sénégalaise a retenu le caractère insultant des publications concernées.

Les condamnations rappellent ainsi que les publications en ligne peuvent avoir des conséquences judiciaires au Sénégal lorsqu’elles visent le président de la République. Elles relancent aussi le débat sur l’équilibre entre respect des institutions, protection de la fonction présidentielle et liberté d’expression dans l’espace numérique.

FAQ

Pourquoi les trois influenceurs TikTok ont-ils été condamnés au Sénégal ?

Ils ont été condamnés à la suite de publications et vidéos jugées insultantes envers le président Bassirou Diomaye Faye.

Quelle loi est évoquée dans cette affaire ?

L’affaire renvoie à l’article 254 du Code pénal sénégalais, qui réprime l’offense publique au président de la République par la parole, l’écrit, l’image ou tout autre moyen de diffusion publique.

Quelles peines ont été prononcées ?

Mandoumbé Diop, connu sous le nom de Lamino Darou, a été condamné à trois mois de prison ferme. Deux autres influenceurs ont reçu deux mois de prison ferme et une amende de 500 000 francs CFA chacun.

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