Sénégal

Bassirou Diomaye Faye crée Kiraay, son propre parti politique

La création de Kiraay, porté par le slogan « La patrie d’abord », marque une rupture politique avec Ousmane Sonko et recompose les rapports de force au Sénégal.

Bassirou Diomaye Faye a fondé son propre parti politique, baptisé Kiraay et présenté avec le slogan « La patrie d’abord ». Cette création constitue un tournant dans la relation politique entre le président sénégalais et Ousmane Sonko, avec qui il avait jusque-là partagé une trajectoire et un espace politique commun autour du Pastef.

La fondation de Kiraay ne se limite pas à l’apparition d’une nouvelle organisation. Elle traduit la volonté du président de disposer d’une base politique autonome, dans un contexte où le Pastef demeure une force parlementaire majeure. La situation ouvre ainsi une nouvelle phase, faite de concurrence, de négociations possibles et d’incertitudes sur l’équilibre des pouvoirs.

Kiraay, une nouvelle structure autour de Bassirou Diomaye Faye

Lors de la présentation de la formation, Bassirou Diomaye Faye a décrit sa création comme la fondation d’une « maison commune ». Il a appelé ses soutiens « frères et sœurs patriotes républicains », en insistant sur l’idée de construire avec des personnes qui se font confiance mutuellement.

Le nom Kiraay est présenté comme ayant une signification en wolof. Son slogan, « La patrie d’abord », place l’attachement national au centre de son positionnement. Au-delà des symboles, l’objectif politique apparaît clair : rassembler des militants, des cadres et des soutiens directement liés au président de la République.

Des partisans de Bassirou Diomaye Faye ont publiquement exprimé leur soutien à cette initiative. Des rassemblements et des pancartes en faveur du président ont été signalés lors de la séquence de lancement. De son côté, le Pastef a relativisé les départs et les ralliements vers la nouvelle structure, estimant qu’ils ne remettaient pas en cause sa dynamique militante.

Une rupture avec Ousmane Sonko et le Pastef

La création de Kiraay intervient après des tensions croissantes entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Les divergences évoquées portent notamment sur la direction politique du mouvement, les choix économiques et la gestion de la dette. Ces désaccords ont progressivement pris une dimension institutionnelle et personnelle.

Selon les éléments disponibles, Bassirou Diomaye Faye a mis fin en mai 2026 aux fonctions d’Ousmane Sonko comme Premier ministre, ainsi qu’à celles des ministres et secrétaires d’État membres du gouvernement. Ousmane Sonko est ensuite devenu président de l’Assemblée nationale à travers le Pastef.

Cette évolution a transformé la nature du désaccord. Il ne s’agit plus seulement de différences au sein d’une même alliance, mais de l’existence de deux pôles politiques distincts : la présidence, désormais appuyée par Kiraay, et le Pastef, dont Ousmane Sonko reste une figure centrale.

Une partie des soutiens d’Ousmane Sonko considère que son rôle, son charisme et sa vision d’un Sénégal plus indépendant ont été déterminants dans l’ascension de Bassirou Diomaye Faye. Dans cette lecture, le président aurait une obligation de reconnaissance politique à son égard. À l’inverse, des soutiens de Bassirou Diomaye Faye estiment qu’un président élu doit pouvoir tracer sa propre ligne, y compris lorsque les relations ou les ambitions divergent.

Le poids déterminant du Parlement

Le rapport de force ne se joue pas uniquement sur le terrain des organisations militantes. Le Pastef disposerait de 130 sièges sur 165 au Parlement, ce qui lui assure une position prépondérante dans l’Assemblée nationale. Cette majorité place Ousmane Sonko et son parti au cœur de l’équation institutionnelle.

Dans ce cadre, Kiraay doit permettre à Bassirou Diomaye Faye de construire une force propre afin de ne pas dépendre exclusivement d’un parti associé à un autre dirigeant. Une présidence dotée d’une organisation autonome peut plus facilement structurer son message, organiser ses soutiens et préparer ses candidatures.

Mais la coexistence d’un président contrôlant l’exécutif et d’une force rivale dominante au Parlement peut également produire des tensions. Les projets politiques peuvent faire l’objet de négociations difficiles, de blocages ou de compromis. L’issue dépendra notamment de la capacité des deux camps à maintenir un dialogue institutionnel malgré leur séparation politique.

Pourquoi les alliances entre dirigeants peuvent se fragiliser

Le cas de Bassirou Diomaye Faye et d’Ousmane Sonko illustre une difficulté fréquente dans les alliances fondées sur une proximité personnelle, une mobilisation commune ou une forte popularité. Ces éléments peuvent être puissants pendant une campagne ou une phase d’opposition. Ils ne suffisent pas toujours lorsque vient le moment de gouverner, de répartir les responsabilités et de trancher sur des dossiers sensibles.

Des précédents internationaux montrent que des alliés peuvent devenir des concurrents politiques. En France, François Mitterrand et Michel Rocard ont connu des divergences importantes malgré leur appartenance à la même famille politique. Au Royaume-Uni, Tony Blair et Gordon Brown ont également entretenu une rivalité durable au sein du Parti travailliste. Au Kenya, Uhuru Kenyatta et William Ruto, alliés entre 2013 et 2022, se sont ensuite opposés politiquement.

Ces exemples ne permettent pas de prévoir l’évolution sénégalaise. Ils rappellent néanmoins qu’une alliance entre deux personnalités fortes peut être affectée par les ambitions, les méthodes, les priorités économiques ou la définition de l’autorité au sommet de l’État.

Une base partisane propre : un enjeu présidentiel classique

La recherche d’une autonomie partisane n’est pas un phénomène inédit. Emmanuel Macron avait créé En Marche en 2016, formation devenue Renaissance, sans dépendre du Parti socialiste ou de la droite traditionnelle. Au Sénégal, Macky Sall avait quitté le Parti démocratique sénégalais d’Abdoulaye Wade en 2008 pour créer l’Alliance pour la République, avant d’accéder à la présidence en 2012.

Ces références soulignent un principe politique récurrent : un président cherche souvent à disposer d’un instrument organisationnel qui lui soit directement rattaché. Cette structure permet de fédérer les militants, de sélectionner des candidats et de défendre une orientation propre.

Pour Bassirou Diomaye Faye, Kiraay représente donc à la fois un véhicule politique et une réponse à un déséquilibre : le Pastef reste puissant au Parlement, tandis que la présidence cherche à consolider sa liberté d’action. La création du parti formalise cette volonté d’émancipation politique.

Quel avenir pour les relations entre Kiraay et le Pastef ?

La séparation entre les deux anciens alliés ne signifie pas nécessairement l’impossibilité de tout dialogue. Le fonctionnement des institutions impose des relations entre l’exécutif et le Parlement, particulièrement lorsque les rapports de force sont aussi marqués. Toutefois, les divergences affichées et la rupture gouvernementale rendent la coopération plus complexe.

La principale question porte désormais sur la capacité de Kiraay à s’implanter durablement face au Pastef. Le nouveau parti devra transformer les soutiens exprimés autour du président en organisation structurée, avec des responsables, des militants et une présence politique identifiable.

Pour le Pastef, l’enjeu sera de préserver sa cohésion et son poids parlementaire tout en assumant une ligne distincte de celle de la présidence. La recomposition en cours place ainsi le Sénégal devant une séquence politique où l’autorité présidentielle, la majorité parlementaire et les fidélités militantes ne se trouvent plus réunies sous une même bannière.

FAQ

Comment s’appelle le nouveau parti de Bassirou Diomaye Faye ?

Le nouveau parti fondé par Bassirou Diomaye Faye s’appelle Kiraay. Il est présenté avec le slogan « La patrie d’abord ».

Pourquoi Bassirou Diomaye Faye a-t-il créé Kiraay ?

La création de Kiraay intervient dans un contexte de rupture avec Ousmane Sonko et de divergences sur la direction politique, les orientations économiques et la gestion de la dette. Elle permet aussi au président de disposer de sa propre base organisationnelle.

Quelle est la force du Pastef au Parlement ?

Le Pastef disposerait de 130 sièges sur 165 au Parlement, ce qui lui confère une majorité très importante à l’Assemblée nationale.

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