Diplomatie

Abdoulaye Diop défend la souveraineté et la diversification diplomatique du Mali

Le ministre malien présente le bilan et les priorités d’une diplomatie fondée sur l’appropriation nationale, de nouveaux partenariats et la coopération au sein de l’AES.

La diplomatie malienne doit, selon Abdoulaye Diop, s’appuyer sur la souveraineté nationale, le respect mutuel et la diversification des partenariats. Cette orientation, impulsée sous la transition conduite par le général d’armée Assimi Goïta, vise à placer les priorités définies par les Maliens au centre des choix diplomatiques, sécuritaires et économiques du pays.

Le ministre présente cette ligne comme une rupture avec une approche dans laquelle les choix nationaux seraient largement structurés par des partenaires extérieurs. Il affirme que le Mali entend définir ses problèmes, rechercher ses propres solutions et, le cas échéant, pouvoir corriger ses choix en toute autonomie.

Une diplomatie malienne axée sur la souveraineté

Pour les autorités maliennes, le principal résultat de cette politique est un pays davantage écouté et respecté sur la scène internationale. Abdoulaye Diop estime également que les appuis extérieurs sont désormais plus alignés sur les priorités nationales, conformément à la posture défendue par le gouvernement.

Cette vision repose sur la notion d’appropriation nationale dans l’ensemble des secteurs de la vie publique. Elle concerne aussi bien la paix et la sécurité que le développement économique. Le ministre insiste sur l’idée que les Maliens doivent occuper « le siège du pilote » dans les décisions qui les concernent.

Dans ce cadre, le Mali a procédé à une réévaluation de sa participation à plusieurs organisations internationales ou régionales. Cette démarche a notamment conduit à des décisions de retrait de la CEDEAO, de l’Organisation internationale de la francophonie et du G5 Sahel. Abdoulaye Diop explique que ces départs répondaient à l’appréciation selon laquelle ces cadres ne correspondaient plus aux idéaux ou aux intérêts des populations maliennes.

La diversification des partenaires sécuritaires et économiques

La diversification constitue un autre axe central de la diplomatie malienne. Elle concerne particulièrement la sécurité et le développement. Selon Abdoulaye Diop, cette orientation a provoqué des tensions avec certains anciens partenaires, qui auraient refusé au Mali la possibilité de s’ouvrir à de nouvelles coopérations.

Le ministre affirme que la fin ou l’évolution de certains partenariats n’était pas motivée par une logique d’hostilité, mais par leur inadéquation avec les attentes formulées par le pays. Les autorités maliennes ont aussi cherché à lever les obstacles à l’acquisition d’équipements militaires et économiques jugés nécessaires à la défense et au développement national.

La sécurité est présentée dans une approche plus large, associant défense, paix, économie et développement. Cette conception s’accompagne d’une volonté d’internaliser le processus de paix et de ne plus fonder le développement sur l’attente de financements extérieurs pour des plans conçus au niveau national.

Abdoulaye Diop indique que le Mali ne bénéficie pas réellement d’aide budgétaire étrangère depuis près de cinq ans et qu’il fonctionne principalement grâce aux ressources générées par les Maliens. Il précise que de nouvelles ressources ont dû être recherchées afin d’accompagner cet effort, tout en maintenant la possibilité de mobiliser des partenariats compatibles avec la vision du pays.

Russie, Chine, Turquie : des partenariats renforcés

La formalisation et le renforcement des relations avec de nombreux États font partie des actes mis en avant. Le président de la transition a participé au sommet Russie-Afrique et effectué une visite officielle en Russie, présentée comme un tournant majeur dans la diversification des partenariats maliens.

Le chef de l’État a également pris part au sommet du Forum sur la coopération Chine-Afrique à Pékin. D’après Abdoulaye Diop, les partenariats avec la Russie et la Chine ont été portés au niveau stratégique.

La Turquie est aussi décrite comme un partenaire important, notamment dans le domaine de la sécurité. Au-delà de ces relations, le Mali dit avoir travaillé avec des pays d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Europe, d’Asie, d’Amérique latine et d’autres régions autour des enjeux de sécurité et de développement.

Le ministre souligne en particulier le développement de liens avec des pays et des peuples africains partageant une vision de souveraineté et d’émancipation. Pour Bamako, les coopérations internationales doivent reposer sur le respect mutuel, une logique gagnant-gagnant et l’absence d’esprit de domination.

L’AES et la recherche d’une coexistence avec la CEDEAO

La création de l’Alliance des États du Sahel, le 16 septembre 2023, est décrite comme une réponse géostratégique à une menace géopolitique dirigée contre l’espace concerné. Initialement conçue autour de la sécurité, l’alliance a ensuite conduit à la création de la Confédération des États du Sahel, le 6 juillet 2024 à Niamey.

Abdoulaye Diop évoque désormais l’existence de deux ensembles : d’une part les trois pays de l’AES et, d’autre part, les douze pays de la CEDEAO. Il affirme que les deux parties doivent préserver les acquis des populations, malgré les inquiétudes suscitées par les évolutions institutionnelles et politiques dans la région.

Le ministre met l’accent sur la nécessité de maintenir la libre circulation des personnes et des biens. Il affirme que cette volonté est partagée par les autres États membres de la CEDEAO, afin que les populations puissent poursuivre leurs activités et maintenir leurs liens, dans l’attente de modalités permettant une coexistence pacifique entre les deux entités.

La culture et l’information comme instruments diplomatiques

La diplomatie culturelle occupe une place importante dans cette stratégie. En janvier 2023, une rentrée diplomatique a été organisée autour de ce thème. Pour Abdoulaye Diop, la valorisation du patrimoine culturel constitue un instrument de soft power qui peut contribuer à modifier l’image du Mali à l’international.

L’objectif affiché est de ne pas réduire le pays aux attaques, aux attentats, aux questions sécuritaires ou à la pauvreté. La participation à de grands événements internationaux, dont l’Exposition universelle de Sakai et Expo Dubaï, est citée comme un moyen de promouvoir la culture malienne et d’élargir le récit porté à l’extérieur.

Les autorités maliennes accordent aussi une attention particulière à la désinformation, à la manipulation de l’information et à l’apologie du terrorisme. Une conférence consacrée à la guerre informationnelle a permis, selon le ministre, de réunir différents acteurs et de dégager des pistes d’action.

Cette préoccupation a conduit au développement d’une communication diplomatique de crise, ou d’une forme de diplomatie publique. Le corps diplomatique est ainsi appelé à s’impliquer dans des festivals et rencontres culturelles, en complément de ses missions traditionnelles.

Une ligne diplomatique fondée sur des choix nationaux

Le discours d’Abdoulaye Diop présente une diplomatie malienne qui revendique la maîtrise nationale des orientations stratégiques. La diversification des partenaires, le renforcement de l’AES, la promotion culturelle et la lutte contre la désinformation y apparaissent comme des leviers complémentaires.

Le ministre reconnaît que des ingérences extérieures et des préoccupations persistent. Il estime toutefois observer une réduction progressive des doubles standards, de l’instrumentalisation des droits de l’homme à des fins de déstabilisation et des ingérences dans les affaires du pays. Ces appréciations traduisent la lecture des autorités maliennes sur l’évolution de leurs relations extérieures.

FAQ

Quels sont les principes défendus par la diplomatie malienne ?

Abdoulaye Diop met en avant la souveraineté, l’appropriation nationale des décisions, le respect mutuel et des partenariats présentés comme gagnant-gagnant.

Pourquoi le Mali a-t-il renforcé ses partenariats avec la Russie, la Chine et la Turquie ?

Selon le ministre, ce renforcement s’inscrit dans une stratégie de diversification des partenaires, notamment pour répondre aux besoins en matière de sécurité et de développement.

Quel rôle l’AES joue-t-elle pour le Mali ?

L’AES est présentée comme une réponse à des menaces sécuritaires et géopolitiques. Sa création a été suivie de la mise en place de la Confédération des États du Sahel en juillet 2024.

Report

Plongez-vous dans un univers captivant où chaque texte est une fenêtre ouverte sur des sujets variés, allant de la géopolitique africaine aux questions de vie et de la société africaines et autres. Zack Mwekassa: Le Guérier Noir, Votre Frère.

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